Des gilets jaunes veulent un acte 5 malgré Strasbourg

Les appels à mettre au moins en pause le mouvement se multiplient. Mais sur les réseaux, rien ne semble avoir vraiment changé.
Gilets jaunes à Marseille, le 8 décembre. REUTERS

Après les annonces d'Emmanuel Macron et, surtout, après la fusillade de Strasbourg, mardi soir, les gilets jaunes vont-ils concrétiser l'acte V de leur mobilisation, samedi 15 janvier ? Sonder les intentions de ce mouvement protéiforme et gazeux est toujours une gageure. Peut-être encore plus cette fois-ci.

Depuis l'attentat de Strasbourg en effet, de nombreuses théories du complot ont émergé, peut-être plus encore que d'habitude, sur les différentes pages et groupes rassemblant des gilets jaunes. A tel point que les publications, jusque-là très libres, sont devenues parfois incontrôlables pour les modérateurs et modératrices.

Les "historiques" appellent à manifester

Résultat : plusieurs groupes ont décidé de temporairement restreindre la possibilité de publier des messages. Reste que les "événements" Facebook appelant à un acte V de la mobilisation, samedi, existent toujours et rassemblent parfois des dizaines de milliers de personnes.

Surtout, Éric Drouet, Priscilla Ludosky et Maxime Nicolle, les "porte-parole historiques" du mouvement, continuent de lancer des appels à manifester. Les deux derniers cités tenaient une conférence de presse ce jeudi à Versailles.

"Pas à l'Etat de décider"

"Nous, gilets jaunes, exigeons une baisse sérieuse de toutes les taxes sur tous les produits de première nécessité : énergie, logement, produits alimentaires, vêtements... Ainsi qu'une baisse significative de toutes les rentes, salaires, privilèges, retraites actuelles et futures des hauts fonctionnaires", ont-ils indiqué."

"On doit quand même continuer, c'est pas à l'Etat de décider", a dit par exemple Eric Drouet dans sa dernière vidéo sur Facebook, jeudi matin.

Les appels à temporiser, mettre en pause le mouvement, notamment venus de personnalités politique depuis la fusillade de Strasbourg sont peu entendu voire carrément ignorés. Les appels des "gilets jaunes libres", comme Jacline Moureau, sur RTL, ou Benjamin Cauchy, sur BFMTV, subissent le même traitement. Mais ce n'est pas nouveau pour ces "porte-parole" largement décriés.

Globalement, on débat comme si de rien était. Les résultats des différents sondages organisés après l'allocution d'Emmanuel Macron sont très défavorables à un arrêt du mouvement. On organise des manifestations, en insistant souvent sur le fait que les casseurs ne sont pas les bienvenus.

On ironise même au sujet des syndicats de policier qui appellent au calme alors que les forces de l'ordre sont fatiguées, après un mois de mobilisation. "C'est justement le moment de rester mobiliser", arguent certains.

Des voix discordantes

Ici où là, tout de même, des voix discordantes se font entendre, mais elles semblent minoritaires. D'abord sur le coût du blocage pour les petites entreprises. Quelques gilets jaunes qui prennent la parole sur des groupes s'inquiètent d'un mouvement trop long qui finira par asphyxier les PME...

D'autres évoquent les problèmes de sécurité, liés à l'après Strasbourg. Sur le Discord de la "coordination régionale" des gilets jaunes, à l'annonce que le préfet de la Gironde avait interdit toute manifestation samedi, certains disaient comprendre. "Si vous voulez mon avis, c'est justifié. Allez, justifiable, si on joue sur les mots", estime Glandos. Memento Mori n'est pas d'accord : "Tant pis alors, je serai dans l'illégalité."