Climat: quelles mesures pour limiter le réchauffement ?

Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat a remis un rapport soulignant l'urgence d'agir. Mais comment?
Des gaz contribuant au réchauffement de la planète ont atteint des niveaux record partout dans le monde en 2017. afp.com/CLAUDIO REYES

Agir, et agir vite. Ce refrain, répété comme un mantra depuis des années par les experts sur le climat, est à nouveau au coeur du rapport spécial du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), présenté ce lundi.

Ses conclusions sont sans appel : il y aurait d'indéniables avantages à limiter le réchauffement climatique à 1,5 degré en 2100 par rapport à la période pré-industrielle, plutôt que 2 degrés. Or, au rythme du réchauffement actuel, ce seuil de 1,5 degré sera atteint entre 2030 et 2052, selon le rapport, réalisé pour la première fois à la demande des États. Il s'appuie sur 6000 études scientifiques.

"Du point de vue des lois de la physique et de la chimie, la limitation du réchauffement planétaire à 1,5 ºC est possible, mais il faudrait, pour la réaliser, des changements sans précédent", a déclaré Jim Skea, coprésident du Groupe de travail III du GIEC.

Pour atteindre cet objectif, les auteurs du rapport présentent plusieurs scénarios combinant de nombreuses solutions, majoritairement déjà connues, mais qui devraient être déployées rapidement, et à très large échelle.

Des gestes parfois simples et quotidiens

Première étape, toujours incontournable : la réduction de l'émission des gaz à effet de serre (GES), et du dioxyde de carbone (CO2) en tête. D'ici à 2030, les émissions de CO2 devraient ainsi baisser de 45 % par rapport à 2010 pour maintenir le réchauffement dans la limite de 1,5 degré.

Et il n'est parfois nul besoin de révolution, comme l'explique Roland Séférian, climatologue à Météo France et co-auteur du rapport, à L'Express. Certaines mesures sont applicables par chaque citoyen. Se munir d'une voiture à énergie propre, ou préférer les produits locaux aux produits importés, dont le transport génère énormément d'émissions de gaz à effet de serre, par exemple.

"Il y a des gestes encore plus simples et moins coûteux", assure Roland Séférian. "On vous demande de créer des comptes sur Internet pour énormément d'activités aujourd'hui, mais vous ne les utilisez souvent qu'une seule fois. Or, leur stockage demande une énergie folle: Google a lui seul a plus de 900 000 serveurs! En demandant la suppression de ces comptes, vous contribuez à limiter les émissions de CO2."

Fin des énergies fossiles

Une telle réduction reste toutefois un véritable défi mondial, d'autant plus que les émissions de gaz à effet de serre ont augmenté en 2017. Elle suppose des transitions "rapides et de grande envergure" dans les domaines de l'aménagement du territoire, de l'énergie, du bâtiment, du transport, de l'urbanisme, et bien sûr, de l'industrie.

Pour y parvenir, il y a d'abord les solutions dites "de court terme", celles qui existent déjà. Le GIEC propose par exemple la construction de bâtiments aux meilleures performances énergétiques, rapprochement des zones de vie et de travail pour limiter les déplacements, développement des transports en commun...

Il insiste également sur l'indispensable sortie des énergies fossiles, à commencer par le charbon. Les solutions sont connues, notamment le recours aux énergies renouvelables (solaire, éolien, hydraulique), à l'hydrogène, ou encore l'électrification. En 2050, pour atteindre l'objectif des 1,5 degré, la part des énergies renouvelables pour l'électricité doit passer à 70 %-85 %.

Et les réformes économiques et financières sont indispensables, selon les experts du GIEC. Le rapport prévoit un besoin d'investissement de 2 400 milliards de dollars entre 2016 et 2035.

Autrement dit, il faut "réorienter 2,5 % de la richesse mondiale vers la lutte contre le réchauffement climatique", précise à L'Express Jean-Charles Hourcade, économiste au Centre international de recherche sur l'environnement et le développement (Cired), et lui aussi parmi les auteur du rapport. "Mais pour détourner les épargnants et les investisseurs des placements classiques, comme la pierre, il faudrait que les gouvernements fournissent des garanties".

"Séquestrer" le CO2

A long terme, les scénarios du GIEC fixent également comme objectif le "bilan nul" des émissions aux alentours de 2050, ce qui signifie que les émissions restantes devraient être compensées en éliminant du CO2 de l'atmosphère.

Il faudrait pour cela recourir à des techniques "d'émissions négatives", encore embryonnaires, voire inexistantes, et dont les conséquences sur les ressources naturelles sont incertaines. Le principe ? "Séquestrer" le CO2 pour l'extraire de l'atmosphère, comme le font les arbres (ce qui rend indispensable la reforestation et la préservation des forêts).

Des techniques moins développées de séquestration du CO2 dans les sols sont également envisageables. Il s'agirait de couvrir les sols de "biomasse", c'est-à-dire d'arbres ou de plantes, qui capture le carbone, de la brûler puis de capter le CO2 issu de la combustion pour le stocker dans le sol. Il disparaît ainsi de l'atmosphère.

Le problème, c'est que les surfaces cultivables ne sont pas extensibles à l'infini, et que la quantité de terres à utiliser pour que les émissions négatives aient un impact est telle que cela que cela créerait une véritable compétition sur l'utilisation des sols, avec ses conséquences en terme de prix et de souveraineté alimentaire. "Ces techniques sont à développer, et il faut commencer d'urgence", assure à L'Express Henri Waisman, chercheur à l'Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri) et co-auteur du rapport.

Coûteux politiquement

Autant de solutions physiquement et techniquement possible, mais économiquement coûteuses, surtout pour les plus pauvres (plus dépendants des énergies fossiles, logés dans des bâtiments plus énergivores etc), et donc politiquement compliquées.

"C'est aussi au citoyen d'accepter ce principe de réalité, car les conséquences d'un réchauffement trop important seraient catastrophiques", estime Roland Séférian. "Atténuer la hausse des températures dans la limite de 1,5 degré coûtera cher, c'est certain, mais, à long terme, ce sera beaucoup moins coûteux que de ne rien faire".