Allocations: "Sanctionner les familles, une double peine"

Pour le syndicat des chefs d'établissement, suspendre les allocations familiales est une "mauvaise piste ".
Le gouvernement envisagerait la suspension des allocations familiales en cas de violence scolaire chez certains enfants. afp.com/MEHDI FEDOUACH

L'annonce a suscité une levée de boucliers, notamment dans le milieu éducatif. D'après Le Parisien, le groupe de travail qui planche actuellement sur un plan d'action contre les violences scolaires n'exclurait pas le recours à des sanctions financières contre certains parents défaillants, en suspendant notamment les allocations familiales. La mesure ferait partie des pistes explorées par les experts mandatés par le ministère de l'Education nationale dans la foulée de l'agression d'une enseignante de Créteil par un élève équipé d'une arme factice en octobre dernier. Le fait divers avait entraîné une déferlante de témoignages d'enseignants réunis sous le mot-dièse #PasDeVague sur les réseaux sociaux. Pour Bruno Bobkiewicz, secrétaire national du SNPDEN (le syndicat national du personnel dirigeant de l'éducation nationale) et proviseur du lycée Paul-Eluard à Saint-Denis, l'aide à la parentalité serait préférable aux mesures coercitives.

L'EXPRESS. Que pensez-vous de cette piste qui consisterait à suspendre les allocations familiales en cas de violences scolaires ?

Bruno Bobkiewicz. Il me semble nécessaire de prendre un peu de recul et de rester prudent sur cette question soulevée par certains médias. Certes, le ministre avait évoqué, lui-même, cette piste en décembre dernier. Mais son discours était basé sur l'idée qu'il ne fallait rien s'interdire, qu'il était important de tout mettre sur la table pour faire émerger des idées et trouver des solutions. Ce qui ne veut pas dire que tout sera retenu. Notre syndicat, pour sa part, n'a jamais été consulté sur un éventuel recours à des sanctions financières à l'égard des parents. Après, si jamais cette mesure était retenue, il est clair que nous y serions totalement opposés. C'est pour nous une très mauvaise piste.

Pour quelles raisons ?

On tomberait alors dans le principe de la double peine à l'égard des parents : non seulement, l'élève auteur de troubles ou de violences, serait suspendu voire exclu de son établissement. Mais, en plus, les familles seraient sanctionnées financièrement. Loin de les aider, cela risquerait plutôt de les accabler encore un peu plus. Il faut savoir que beaucoup de parents concernés subissent et condamnent, comme nous, les écarts de comportements de leurs enfants. Et ils sont souvent d'accord avec les sanctions disciplinaires que nous prenons. Ceux qui sont dans une posture systématique de défense de leurs enfants ne représentent qu'une minorité.

Le ministre avait expliqué que, avant toute sanction financière éventuelle, il faudrait évaluer le degré de responsabilité de chaque famille. Pourriez-vous endosser ce rôle ?

Il est évident que nous ne sommes pas formés pour cela et que cette responsabilité revient à d'autres professionnels. Ce n'est pas à nous d'évaluer l'éventuel degré de carence éducative dans certaines situations. Pas question de faire remonter ce genre d'informations aux académies. Le principe de signalement qui consiste à les alerter en cas d'éventuelles situations dangereuses ou graves, mettant potentiellement un enfant en danger, existe déjà. Mais notre rôle s'arrête là.

En janvier 2011, la loi Ciotti avait permis l'éventuelle suppression des allocations familiales, notamment pour lutter contre l'absentéisme scolaire. Pour quels résultats ?

Cette mesure [supprimée deux ans plus tard par le gouvernement socialiste] s'est révélée inefficace. La preuve par les chiffres : les quelque 70 000 signalements qui avaient été faits avaient entraîné moins de 700 retraits d'allocations. Encore une fois, le protocole, déjà très complexe à l'époque, le serait encore plus s'il fallait prendre en compte ce nouveau paramètre qui consiste à distinguer les familles qui font ce qu'il faut des autres. Pour notre part, nous préférons mettre l'accent sur un renforcement de l'aide à la parentalité qui n'est clairement pas assez développée aujourd'hui.