Agression d'un ex-chef des Restos du coeur: la piste d'une nouvelle affabulation

INFO L'EXPRESS. Condamné en juin pour s'être présenté comme la victime d'une agression terroriste imaginaire, Richard S. a été retrouvé lundi blessé par plusieurs coups de couteau à Vincennes. Mais les enquêteurs sont sceptiques.
Richard S., ancien gérant des Restos du coeur de Montreuil, a été retrouvé avec un couteau dans l'abdomen à Vincennes, un an et demi après avoir inventé une agression terroriste imaginaire. Photo d'illustration. AFP PHOTO / LIONEL BONAVENTURE

Qu'est-il vraiment arrivé à Richard S. lundi matin? Une enquête a été ouverte par le parquet de Créteil pour "tentative d'homicide" après l'agression présumée de cet homme de 60 ans à Vincennes (dans le Val-de-Marne), indiquent des sources policières et proches de l'enquête à L'Express. Cet ancien gérant des Restos du coeur de Montreuil a été retrouvé avec un couteau planté dans l'abdomen.

Alors que son pronostic vital était engagé lundi, il est ce mardi -selon nos informations- hors de danger. Les enquêteurs de la police judiciaire du Val-de-Marne ont pu recueillir ses premières déclarations depuis son lit d'hôpital du CHU Henri-Mondor. Ils sont toutefois prudents sur l'authenticité des faits relatés: l'ancien militant associatif avait été condamné en juin dernier à six mois de prison ferme pour avoir inventé une agression à caractère terroriste en janvier 2016, alors que la menace djihadiste était à son paroxysme. Lui s'est toujours défendu de tout mensonge, en dépit des nombreuses incohérences de son récit de l'époque.

Une revendication étrange écrite en lettres imprimées

Cette-fois encore, les circonstances de cette "nouvelle" attaque ressemblent étrangement à celles de son agression imaginaire. Entre 7h15 et 7h30 lundi, Richard S. s'effondre dans un restaurant de Vincennes où il a son rond de serviette. Il présente trois plaies par arme blanche: deux au niveau du ventre et une au niveau du thorax, près du coeur. Selon une source policière, il tient entre ses lèvres un morceau de papier sur lequel il est inscrit, en lettres imprimées: "On t'a raté en 2016, pas en 2017. Allah Akbar. EI". C'est lui même qui a inséré le message dans sa bouche pour ouvrir la porte de l'établissement, ses mains étant occupées à tenir le couteau.

Cette revendication intrigante tendrait à réhabiliter l'ancien chef des Restos du coeur. Problème: selon nos informations, les premières investigations n'ont pas permis de confirmer le récit de Richard S. Bien au contraire. "Nous avons démarré sur une enquête criminelle classique: nous avons refait son cheminement, nous nous sommes rendus à son domicile, mais pour l'instant, il n'y a aucun élément qui va dans le sens d'une agression", précise une de nos sources policières.

Ni traces de sang, ni témoins

Ainsi, les enquêteurs n'ont retrouvé aucun témoin direct de la scène. Par ailleurs, l'homme a indiqué avoir été attaqué dans une rue située entre son domicile de Montreuil et le restaurant où il s'est réfugié. Sauf qu'aucune trace de sang n'y a été décelé par la police technique et scientifique. Et l'analyse des images de la caméra privée d'un commerce situé à proximité ne montre aucun assaillant, ni aucune agitation ou signes de panique chez les passants à l'heure du prétendu crime.

Autres éléments qui laissent les policiers sceptiques: Richard S. a expliqué n'avoir pas pu voir son agresseur. Ce dernier l'aurait frappé à la tête alors qu'il avait le dos tourné, avant de le poignarder et de prendre la fuite. Selon ses dires, le sexagénaire s'est miraculeusement protégé d'un coup fatal avec un livre. Les enquêteurs ont bien retrouvé l'ouvrage abîmé mais il fait 120 pages. Ils se demandent si un simple couteau a pu vraiment, en une fois, traverser une telle épaisseur.

L'épouse de Richard S. le défend

Richard S. cherche-t-il, de nouveau, à mener la justice en bateau pour des raisons obscures? Son épouse a également été entendue par la PJ du Val-de-Marne. Elle semble croire -comme en 2016- à la version de son mari et affirme que "l'agression" n'aurait pas eu lieu si la première enquête n'avait pas été bâclée. "Richard S. a fait appel de sa condamnation. S'il a menti, cela pourrait être une stratégie pour influer sur son futur procès", observe un policier proche de l'enquête.

Le premier procès de Richard S. en juin dernier n'a pas permis de faire la lumière sur les mensonges de cet ancien acteur associatif, dont le professionnalisme a toujours été salué par ses pairs. "Je crois que monsieur S. n'est pas capable d'avouer, c'est trop tard, il est allé trop loin", avait tranché la procureure lors de l'audience, dénonçant une volonté de "créer une ère du soupçon". L'homme avait notamment affirmé avoir reçu plusieurs lettres de menaces de mort. Mais les expertises en écriture avaient permis de déterminer qu'il avait lui-même rédigé au moins l'une d'entre elles. Cette fois, de telles analyses seront inutiles: "la revendication" a été écrite à l'aide d'un ordinateur.