Rentrée des députés: "L'opinion invisible nous encourage"

Houspillés ou encouragés, les marcheurs reviennent à l'Assemblée après trois semaines passées dans leurs circonscriptions.
L'Assemblée nationale à Paris le 6 novembre 2018 afp.com/Lionel BONAVENTURE

Les revoilà ce lundi après-midi à l'Assemblée nationale pour leur séminaire de rentrée, après trois semaines de suspension des travaux parlementaires. D'ordinaire synonyme de repos, la trêve des confiseurs a été cette année l'occasion pour les députés LREM de prendre le pouls de leurs électeurs, en plein mouvement des gilets jaunes.

Ils reviennent avec des impressions contrastées, reflets de la situation particulière dans chaque circonscription. Élue d'une terre "légaliste et modérée, qui ne supporte plus la casse et le gâchis d'argent public chaque samedi", la députée de Loire-Atlantique Sophie Errante s'est surtout sentie encouragée par ses électeurs à tenir bon. "C'est un territoire qui, économiquement, va bien", reconnaît-elle. Son collègue de la Vienne, Sacha Houlié, rentre lui aussi requinqué. "J'ai été très agréablement surpris par la façon dont les gens font bloc lors des voeux pour nous dire de tenir", confie-t-il. Leurs dizaines de collègues victimes de courriers de menaces ou de dégradations à leur domicile personnel ou à leur permanence ne peuvent pas en dire autant.

Opinion invisible

Élue du centre-ville de Bordeaux, Catherine Fabre assiste chaque semaine à un grand écart. Entre les manifestations, parfois violentes, observées tous les samedis, elle ne rencontre aucune agressivité dans les rues ou à sa permanence. "Comme s'il y avait une opinion visible, qui explose tous les samedis et qu'il faut écouter, et une opinion invisible, qui nous encourage, avec des gens inquiets d'être dans un pays difficile à réformer", analyse-t-elle.

Député de la circonscription de l'Hérault où la barrière de péage de Bessan a été saccagée, Christophe Euzet n'a cessé de glaner des doléances et des courriers sur le terrain pour les faire remonter au niveau des ministères. Ce professeur de droit public, entré en politique en 2017, revient à Paris avec la conviction que les plateaux de télévision monopolisés par des élus et des journalistes s'exprimant sans accent doivent s'ouvrir. "Les gens ont le sentiment que ce sont des Parisiens qui parlent et décident de leur vie depuis Paris. Il y a une demande forte de diversification de la communication. Pas seulement à la République en Marche, d'ailleurs."

"Il faut qu'il y ait des résultats"

Les yeux des députés marcheurs sont rivés sur le grand débat national, dont le gouvernement doit préciser les règles dans la journée. Les Français vont-ils accepter d'y participer ? "J'ai l'impression que les maires jouent le jeu", estime Jean-François Eliaou, élu dans l'Hérault, où de nombreuses communes rurales ont déjà mis en place des cahiers de doléances. "Je distingue les gilets jaunes prêts à se mettre autour de la table de ceux qui veulent tout casser", glisse Christophe Euzet au terme de plusieurs échanges avec les manifestants.

La croyance dans le bien-fondé du débat n'est pas la même dans tous les départements. "En Loire-Atlantique, on est un peu traumatisés par Notre-Dame-des-Landes, rappelle Sophie Errante. Les électeurs ont été consultés, ils se sont prononcés pour l'aéroport, mais le projet a été abandonné. S'ils se montrent à nouveau force de proposition, il faut qu'il y ait des résultats." Le chemin est semé d'embûches.