Les Républicains sur un fil

Inaudible dans la crise politique actuelle, Laurent Wauquiez veut préserver la crédibilité du parti en jouant l'apaisement.
Le président des Républicains (LR), Laurent Wauquiez (g), le 17 novembre 2018 au Puy-en-Velay afp.com/Thierry Zoccolan

Laurent Wauquiez et les couleurs, ça a toujours fait deux. Le président des Républicains (LR) imposait à tous sa parka rouge pour en faire son panache blanc. Il vient de se prendre les pieds dans son gilet jaune. Interrogé mercredi 5 décembre sur France 2, le patron de la région Auvergne-Rhône-Alpes a "oublié" qu'il avait porté la fameuse chasuble, lors d'une rencontre avec des manifestants, le 24 novembre devant la préfecture de Haute-Loire, au Puy-en-Velay.

Ce gros mensonge serait anecdotique s'il ne traduisait pas la difficulté des Républicains à se situer dans le conflit social et politique qui secoue le pays. Un comble pour un parti qui dénonce sans relâche le matraquage fiscal du gouvernement. "La question du pouvoir d'achat, c'est nous qui la posons depuis des mois", rappelle le député de Belfort, Ian Boucard.

Des Républicains divisés

Si tous les élus contestent la hausse des taxes sur le carburant, les divisions apparaissent dès la première journée de mobilisation, le 17 novembre. Ainsi, le sénateur de Vendée Bruno Retailleau estime que sa place n'est pas au sein des manifestations. D'autres, comme Wauquiez, veulent absolument montrer leur soutien. A Nice, le député Eric Ciotti enfile fièrement son gilet jaune pour défiler au côté de centaines de personnes. Le 27 novembre, le maire d'Evreux, Guy Lefrand, va plus loin : il invite carrément des protestataires à bloquer la préfecture de l'Eure !

Pourtant, la droite reste largement inaudible. "Marine Le Pen capte la colère. La colère ne cherche pas la crédibilité", admet avec fatalisme Bruno Retailleau. Après deux samedis d'une mobilisation de plus en plus tendue, Laurent Wauquiez demande, le 27 novembre, à Emmanuel Macron la tenue d'un référendum sur la politique fiscale écologique. Le 2 décembre, sur RTL, le président LR du Sénat, Gérard Larcher, torpille gentiment l'idée : "C'est une des manières avec lesquelles on peut sortir de la difficulté, mais avec un long délai. Je suis pour une réponse rapide."

Appel à l'apaisement

Entre-temps, samedi 1er décembre, l'incendie a gagné les rues de Paris, l'Arc de Triomphe a été saccagé. Les Républicains se retrouvent pris entre leur opposition à la politique d'Edouard Philippe et leur refus de voir le pays sombrer dans le chaos. "On veut incarner à la fois la rupture avec le macronisme et le respect des institutions et du cadre démocratique", note le député de l'Yonne Guillaume Larrivé. Consigne est donc donnée de ne plus jeter d'huile sur le feu. "Quand j'entends Jean-Luc Mélenchon et Laurent Wauquiez, le second se pose clairement en leader d'un parti de gouvernement", assure Ian Boucard.

Encore faut-il émettre le bon message au bon moment. Un tournant s'opère lors du bureau politique (BP) du mardi 4 décembre. L'heure est vraiment grave : pour une fois, il s'y dit des choses intéressantes. "Personne n'a intérêt à ajouter des tensions internes", note le député de l'Aveyron, Arnaud Viala, rarement avare de critiques à l'égard de la direction. Tous les membres du BP s'accordent sur deux points : il faut une annulation pure et simple des hausses de taxes - et pas un simple moratoire, comme annoncé le jour même - et un "Grenelle des impôts et des taxes". "A ces deux conditions, nous tendons la main au gouvernement", assume Guillaume Larrivé.

Non au retour de l'ISF

A l'inverse, pas question de courir après Mélenchon ou Le Pen. "Ce n'est pas à nous de soutenir le retour de l'ISF", estime Bruno retailleau, soucieux de couper l'herbe sous le pied du vice-président Guillaume Peltier. "Le problème n'est pas une fiscalité favorable à l'investissement mais que ce soit fait simultanément à une hausse des prélèvements pour les plus modestes", insiste un membre de la direction.

Erreur lors du chargement du média :
Source introuvable

Les Républicains continuent de soutenir le mouvement des gilets jaunes. S'ils réclament - en vain, jusqu'ici - un rétablissement temporaire de l'état d'urgence, les Républicains n'appellent pas à la fin des manifestations. "Ce serait contre-productif", dit l'un d'eux. Devant la perspective de nouvelles violences, samedi à Paris, Guillaume Larrivé a conseillé à ses concitoyens de rester dans l'Yonne. Sur Europe 1, ce jeudi, Laurent Wauquiez est resté prudent: "J'appelle à la responsabilité du Président pour qu'il s'exprime lui-même et vienne confirmer le signe d'apaisement enfin envoyé hier soir (...) et j'appelle le mouvement des gilets jaunes, que j'ai toujours soutenu, à ce qu'il combatte toute forme d'expression de violence samedi." Lui aussi se met au "en même temps".