La Tunisie réclame 30 millions d'euros et des excuses à la France

L'Instance Vérité et Dignité (IVD), chargée d'assurer la justice transitionnelle en Tunisie, a publié un rapport final dans lequel les agissements de l'armée française après l'indépendance sont pointés du doigt. 
La Tunisie porte plainte contre la France
Sihem Ben Sedrine, présidente de l'Instance Vérité et Dignité, durant une conférence donnée à Tunis en 2018 sur les atteintes aux droits de l'homme perpétrées en Tunisie depuis 1955 Fethi Belaid / AFP

Instituée en 2013, l'IVD a examiné plus de 60 000 dossiers déposés et effectué près de 50 000 auditions pour recenser toutes les violations des droits de l'Homme qui ont pu se dérouler en Tunisie. Et l'une de ces plaintes concerne directement l'État français et des crimes supposément perpétrés après l'indépendance tunisienne. Sihem Ben Sedrine, la présidente de l'Instance, explique ainsi que "les premières violations commises par l'État français à travers ses parachutistes et son aviation, c'est en juillet 1956". La Tunisie était alors indépendante depuis le 20 mars de la même année. "Ils ont pilonné tout le sud et ont tué des centaines de tunisiens. Et le grand massacre, c'est celui de Bizerte. Ils ont tué un peu moins de 5000 personnes. Environ 300 militaires, mais tous les autres étaient des civils"

La France avait conservé la base de Bizerte jusqu'en 1963, créant ainsi de nombreuses tensions entre Charles de Gaulle et Habib Bourguiba, les présidents français et tunisiens. En juillet 1961, des manifestations se transforment en véritables batailles, les militaires français étant même accusés d'avoir utilisé du napalm, chose n'ayant jamais pu être démontrée. Le bilan officiel de l'époque évoque entre 24 et 27 morts et une centaine de blessés chez les soldats français, et de 630 à 632 morts et 1500 blessés. Des chiffres contestés par le rapport de l'IVD.

"Nous attendons de la France qu'elle se réconcilie avec ses principes et ses valeurs. Durant l'époque coloniale, la France n'appliquait pas les droits de l'Homme sur les terres conquises, dont la Tunisie", poursuit Sihem Ben Sedrine dans des propos relayés par France Inter. Pour demander réparation, en plus d'excuses officielles, l'IVD demande 30 millions d'euros. "Un homicide, c'est 200 000 dinars. Concernant l'affaire de Bizerte, multipliez par 5000 personnes pour faire la somme". 

Un dossier complet devrait être envoyé à l'État français, contenant de nombreux éléments. Pour l'instant, le gouvernement tunisien ne s'est absolument pas prononcé sur le sujet.