Hommage national, funérailles: comment la France peut dire adieu à Johnny Hallyday

Des millions de Français ont appris la triste nouvelle ce mercredi matin. L’idole de plusieurs générations de fans s’en est allée à 74 ans, des suites d’un cancer. Les hommages n’ont cessé de se multiplier jusqu’au sommet de l’Etat. 

Natalia Kolesnikova - AFP

Monstre sacré, icône du rock à la française, taulier… La mort de Johnny Hallyday est un choc pour des millions de Français, fans ou non du célèbre chanteur aux 110 millions d’albums vendus.

Dès l’annonce de son décès dans la nuit du 5 au 6 décembre, les hommages n’ont cessé de se multiplier. Des proches du chanteur aux personnalités du monde politique, ils sont nombreux à avoir réagi à la disparition de la star qui laisse un grand vide derrière elle. Cette actualité hors norme a ainsi poussé les médias à consacrer l’essentiel de leurs éditions à Johnny Hallyday et à bouleverser leur programmation.

Officielle ou non, cette journée du 6 décembre marque ainsi l’ouverture d’une période de deuil national pour les admirateurs de la star. Mais qu’a prévu l’Etat Français pour rendre un dernier hommage à la légende du rock?

Un communiqué d’Emmanuel Macron à 3h du matin

Le président de la République a été l’un des premiers à apprendre la triste nouvelle. Vers 2h du matin, soit quelques instants avant l’annonce officielle, Laeticia Hallyday, l’épouse du chanteur, a appelé Emmanuel Macron, qui ne dormait pas encore selon BFMTV, pour lui apprendre la mort de Johnny.

A 3h du matin, le chef de l’Etat a ainsi rendu hommage au rockeur dans un long communiqué où il a salué "une présence familière", une "personnalité osant vivre pour le meilleur, et communiquant une énergie fraternelle à ce public qui en retour lui criait: 'Que je t’aime'. Ce public aujourd’hui est en larmes, et tout le pays est en deuil", écrit Emmanuel Macron avant d’adresser ses sincères condoléances.

Un hommage national prévu par l’Elysée?

Invitée sur Europe 1 pour réagir à la mort de Johnny Hallyday, la ministre de la Culture Françoise Nyssen a dit toute l’émotion qu’elle éprouvait à la suite de cette perte. "C'est un pan de notre culture qui s'en va. (…) J'ai passé mon bac en écoutant Salut les copains."

La ministre a également affirmé qu’elle souhaitait qu’un hommage national soit rendu au chanteur tout comme à Jean d'Ormesson, mort la veille. "Ils méritent que l'on voit avec leur famille comment faire. Ce sont vraiment des personnages clés dans notre univers, dans notre imaginaire, ils vont rester avec nous", a ajouté Françoise Nyssen.

Contacté par Le Figaro, l’Élysée n’exclut pas d’organiser un hommage national pour la star. "Rien n’est décidé pour l’instant, car rien ne se fera sans l’accord de la famille, qui a naturellement d’autres préoccupations immédiates", indique-t-on. L'hommage national, décidé par le chef de l'Etat, est une distinction officielle réservée aux personnalités importantes qui ont marqué l'histoire du pays. Le dernier hommage national s’est tenu le 5 juillet dernier pour saluer la mémoire de Simone Veil. Vendredi, un hommage national à Jean d'Ormesson sera rendu aux Invalides.

En revanche, aucune journée de deuil national n’a été évoquée. Instaurés par un décret du président de la République, ces jours de deuil sont généralement prévus pour honorer la mémoire des présidents de la République ou pour rendre hommage aux victimes d’attentat. Sous la Ve République, le deuil national a été décrété sept fois. Le dernier est l'hommage aux victimes de l'attentat de Nice, en 2016.

Une descente du cercueil le long des Champs-Elysées?

En 2009, alors que le chanteur était déjà confronté à des soucis de santé, l’Elysée avait planifié des obsèques nationales pour la star, connue pour être à l’époque un soutien de Nicolas Sarkozy. Dans le livre Johnny, les 100 jours où tout a basculé, on apprend alors qu’une "stratégie du deuil" a été ébauchée au sommet de l’Etat.

"Parmi les pistes retenues mais non validées par le chef de l’Etat- on évoque un rapatriement du corps dans l’avion présidentiel, des obsèques nationales et même une descente du cercueil le long des Champs-Elysées" peut-on lire dans cet ouvrage écrit par les journalistes Catherine Rambert et Renaud Revel.

D’après plusieurs médias, le projet de Nicolas Sarkozy en 2009, pourrait se réaliser ce week-end. "L’Elysée est favorable pour un hommage national, le cercueil de Johnny pourrait descendre samedi les Champs-Élysées avec une cérémonie place de la Concorde", indiquait ainsi une journaliste de RTL. Sur BFMTV, pourtant, cette piste avait rendu furieux Johnny Hallyday lorsqu'il avait découvert cet hommage... ce qui avait provoqué une brouille avec l'ancien Président.

Bien que la date et le lieu ne soient pas encore connus, l’Elysée a confirmé à BFMTV que le président de la République et son épouse Brigitte Macron se rendraient aux obsèques de Johnny Hallyday.

Un jour férié?

Même si les fans de Johnny garderont cette date du 6 décembre gravée dans leurs mémoires, il est pourtant hautement improbable que ce jour devienne férié. 

Ce serait du jamais vu pour une personnalité. Si la mémoire de certains saints ou de l'homme politique Victor Schœlcher sont des jours fériés localement, au niveau national, ce sera une première si un "jour Johnny Hallyday" est décrété. 

Dans les faits, les jours fériés, au nombre de 11 aujourd'hui, sont essentiellement des fêtes religieuses et civiles, définis par le Code du travail. La notion de "férié" est instaurée par un texte ou par une loi dont le chef de l'Etat peut être à l'origine afin de marquer un jour dont le caractère est exceptionnel, tant par son caractère populaire (comme le 25 décembre et le 1er janvier), politique (1er mai) ou encore historique (14 juillet, 8 mai, 11 novembre). 

Certains jours fériés ont une histoire plus complexe. C'est le cas du 8 mai. D'abord "fête de la Victoire", commémorant la victoire des alliés face à l'Allemagne nazie à l'issue de la Seconde Guerre mondiale, ce jour férié a été instauré en 1953. Six ans plus tard, De Gaulle supprime son caractère férié puis, en 1975, Giscard d'Estaing annule également la commémoration. C'est finalement Mitterrand qui, en 1981, rétablit le jour férié commémoratif que nous connaissons.