Grand débat: Macron remet l'immigration sur la table

Dans sa lettre aux Français, Emmanuel Macron esquisse l'idée de quotas annuels d'immigration. Le sujet est brûlant.
Le président de la République Emmanuel Macron le 29 octobre 2018 à Paris. afp.com/ludovic MARIN

Mise de côté en décembre, elle fait son grand retour. L'immigration sera bien au coeur du grand débat lancé mardi en réponse au mouvement des gilets jaunes. Dans sa lettre aux Français, Emmanuel Macron évoque la tradition d'accueil de la France, "aujourd'hui bousculée par des tensions et des doutes liés à l'immigration et aux défaillances de notre système d'intégration."

Ecoutez le 7e épisode de Voix Express, le podcast européen de L'Express et Bulle Média (à Bruxelles), consacré cette semaine à la "crise migratoire" sur le Vieux Continent (sur SoundCloud).

Le chef de l'Etat pose ensuite une série de questions sur ce thème et ouvre à la voie à l'instauration de quotas d'immigration, proposition de François Fillon lors de la campagne présidentielle. "Une fois nos obligations d'asile remplies, souhaitez-vous que nous puissions nous fixer des objectifs annuels définis par le Parlement ?", écrit Emmanuel Macron.

La place de l'immigration dans le grand débat avait été rabotée en décembre dernier. Initialement annoncée comme le cinquième pilier de la consultation, elle avait été finalement intégrée à la thématique "démocratie et la citoyenneté". Sa présence comme thème autonome avait suscité des critiques au sein de la majorité, au regard de la nature sociale de la crise des gilets jaunes. Les références à l"immigration et à la laïcité dans la missive d'Emmanuel Macron ont réveillé une partie de l'opposition et du monde associatif.

Accusations de diversion

L'association SOS Racisme dénonce des "propos graves et irresponsables qui sonnent comme une diversion nauséabonde". A gauche, on fustige une diversion sans lien avec le mouvement des gilets jaunes. "Tentative grossière d'instrumentaliser le racisme (en allant sur "laïcité" et "immigration" alors que les gilets jaunes n'en ont pas parlé)", fulmine sur Twitter Thomas Guénolé, candidat LFI aux élections européennes.

"N'hésitez pas à vous diviser sur la laïcité et l'immigration", ironise la députée communiste Elsa Faucillon. L'ancien député socialiste Jérôme Guedj évoque enfin sa surprise, assurant "n'avoir pas vu le sujet exprimé dans le mouvement social en cours".

La thématique de l"immigration n'est en effet pas au coeur des revendications des gilets jaunes. Celles-ci tournent davantage autour de la justice fiscale ou de la démocratie participative. Interrogé sur RTL, le président de l'Association des maires ruraux de France; Vanik Berberian, a souligné ce lundi que ce thème n'apparaissait qu'en "huitième position sur onze" sujets identifiés dans les cahiers de doléances ouverts par les maires. Donc "le sujet n'est pas là", a-t-il tranché.

"Rien n'est tabou"

Il n'est toutefois pas inexistant. Selon Le Figaro, une synthèse des cahiers de doléances adressé au cabinet du ministre Sébastien Lecornu évoque ce thème. Beaucoup de contributeurs jugent que "l'immigration n'est pas contrôlée", ce qui entraînerait "une perte d'identité et des dépenses sociales supplémentaire", écrit le texte.

Soupçonnée d'instrumentaliser un sujet brûlant à six mois des élections européennes, la majorité se défend de tout calcul politique. "Je trouve que c'est une marque de confiance que nous devons à nous concitoyens (...) Cette question de l'immigration est extrêmement sensible. Poser la question frontalement, c'est dire que rien n'est tabou et que les Français peuvent s'exprimer là-dessus", a assuré ce lundi sur France 2 la ministre de la Justice Nicole Belloubet.

Interrogé par L'Opinion, le sénateur LREM de Paris Julien Bargeton estime que ce sujet allait nécessairement être mis sur le tapis lors des consultations locales. "Imaginer que les Français, en parlant de démocratie et citoyenneté, n'auraient pas évoqué l'immigration, cela aurait été une erreur."