Face aux gilets jaunes, Mounir Mahjoubi joue sa partition

Malgré la radicalisation d'une frange du mouvement, le secrétaire d'État au Numérique refuse de prendre ses distances.
Mounir Mahjoubi au Palais de l'Élysée à Paris, le 6 juillet 2018 (photo d'illustration) afp.com/ludovic MARIN

Il fait plus que tendre l'oreille. Depuis les fêtes de Noël et du jour de l'an, le gouvernement joue la fermeté à l'égard de la frange la plus radicale du mouvement des gilets jaunes. Celle qui, à l'instar de Christophe Dettinger, s'attaque frontalement aux forces de l'ordre. "Ils n'auront pas le dernier mot", avait plastronné Édouard Philippe le 7 janvier, lors de son intervention au journal de 20 heures de TF1.

Il est un membre de son équipe gouvernementale, toutefois, qui joue une partition singulière, celle du "good cop" - le "gentil flic" qui refuse de se limiter à taper sur les doigts des élèves turbulents. Ce vendredi, le secrétaire d'État chargé du Numérique, Mounir Mahjoubi, se rend dans le Var, à Fréjus, pour une journée au côté d'une gilet jaune croisée sur le plateau de Cyril Hanouna début décembre. Il s'agit de Céline, assistante de vie spécialisée qui travaille auprès de personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer. Le ministre avait promis de lui rendre visite, en échange de quoi l'intéressée viendra, le 24 janvier, suivre Mounir Mahjoubi à Bercy, à l'Assemblée nationale, puis à Tours à l'occasion de la signature d'une convention pour l'inclusion numérique, comme le rapporte Le Journal du Dimanche.

"Faisons un Facebook live"

Cette femme, le candidat à l'investiture La République en marche pour les municipales de 2020 à Paris l'avait citée dans une tribune publiée dans Le Monde le 1er janvier. "Les 'gilets jaunes', ce sont Céline, une mère célibataire de Fréjus qui parvient difficilement à joindre les deux bouts mais qui rappelle constamment qu'elle n'est pas la plus à plaindre, ou Jean-Michel, chauffeur de taxi marseillais rencontré sur un plateau de télévision qui a décidé d'organiser avec ses collègues une solidarité que l'État ne semble plus être en mesure de garantir", a-t-il écrit, n'hésitant pas à fustiger les "façons d'être" et le "langage parfois incompréhensible" des élites politiques, dans lesquelles il s'inclut.

Ce ton compatissant, Mounir Mahjoubi en a fait l'usage également sur Facebook, outil qu'il maîtrise parfaitement, et via lequel il a tenté de dialoguer avec l'une des figures controversées des gilets jaunes, Maxime Nicolle. À la suite d'un live que ce dernier a consacré le 9 décembre au Référendum d'initiative citoyenne (RIC), le secrétaire d'État a proposé d'en discuter. "Faisons un [Facebook] live dessus", a-t-il commenté, ajoutant qu'il "va falloir prendre le temps de présenter aux Français ce que c'est". Maxime Nicolle, alias Fly Rider, a récemment affirmé - sur Konbini puis Facebook - avoir envoyé des "messages" à son nouvel interlocuteur gouvernemental.

"C'est mon moteur dans la vie"

Ancien soutien de Ségolène Royal lors de l'élection présidentielle de 2007, Mounir Mahjoubi a déclaré au JDD vouloir "construire des solutions avec les Français" à l'occasion du grand débat, événement démocratique qu'il juge "hyper important". D'après lui, la mobilisation des gilets jaunes a engendré un "mouvement de libération de la parole", notamment à travers les réseaux sociaux.

"Ce que l'on est en train de vivre, c'est le mouvement de ceux qui se sentent humiliés, qui n'arrivent jamais à faire entendre leur voix", plaide, auprès de l'AFP, ce fils d'une femme de chambre et d'un peintre en bâtiment. "C'est mon moteur dans la vie. Je voulais reconquérir cette voix que mes parents n'ont jamais eue", ajoute-t-il. Par ailleurs, Mounir Mahjoubi raconte combien il a été "ému" par le premier événement Facebook créé par Éric Drouet, autre figure clivante des gilets jaunes, "avec une faute d'orthographe dans le titre". Un langage bien différent de celui utilisé, par exemple, par Sébastien Lecornu, ministre chargé des Collectivités territoriales, qui a sèchement recadré une manifestante gilet jaune lors d'un déplacement dans les Hautes-Alpes jeudi. Un échange filmé par un journaliste du Figaro se trouvant sur place.

Dans une semaine marquée par de nouvelles annonces sécuritaires du gouvernement, Mounir Mahjoubi, qui se veut "très ferme contre les casseurs", appelle toutefois à ce que "cette parole très sincère du début, on ne la perde pas de vue, malgré les violences" car "ce ne sont pas les mêmes personnes". Certains au sein de la majorité ne font pas un distinguo aussi clair, mettant en garde contre une quelconque légitimation des affrontements. "C'est un cri d'alarme, mais c'est pas nos potes", a récemment prévenu un député LREM à l'AFP.