Avec la réforme de l'assurance-chômage, Macron tente un rééquilibrage à gauche

Accusé de mener une politique "de droite", Emmanuel Macron a lancé ce jeudi le deuxième étage de la fusée des chantiers sociaux.
Le président Emmanuel Macron (g) et Jean-Claude Mailly, numéro un de FO, le 12 octobre 2017 à l'Elysée à Paris afp.com/LUDOVIC MARIN

Après le coup de barre à droite, le coup de barre à gauche. Ce jeudi, Emmanuel Macron a ouvert un nouveau chantier très social de son quinquennat, avec les réformes prochaines de l'assurance-chômage, de la formation professionnelle et de l'apprentissage. Toute la journée, et jusqu'à vendredi, il reçoit à l'Elysée les partenaires sociaux, appliquant la même méthode que lors de la réforme du code du travail, le recours aux ordonnances en moins.

Des réformes qui doivent permettre au chef de l'Etat de refondre le modèle social français, qu'il juge trop archaïque, en apportant de nouveaux droits et de nouvelles protections aux salariés. Et au-delà de montrer que l'exécutif marche aussi sur sa jambe gauche, alors que le chef de l'État est régulièrement accusé d'être "le président des riches".

"Il a besoin de rééquilibrer sa politique pour être fidèle à son mot d'ordre [théorisé pendant la campagne présidentielle] de 'et de droite et de gauche', explique à L'Express Christian Delporte, historien de la politique. Comprenez: il y a eu la flexibilité pour les entreprises [avec la réforme du code du travail], maintenant il faut la sécurité pour les salariés résume le spécialiste.

Des gages à l'aile gauche de LREM

Par ailleurs, le chef de l'Etat a aussi besoin de donner des gages à sa majorité, composée d'élus issus des rangs de la gauche. "Histoire d'éviter d'éventuels remous", souligne Christian Delporte. Car nombre d'élus de la majorité déplorent que l'exécutif penche trop à droite détaille Le Monde dans un article publié mercredi.

"Pour insister sur cet aspect, Emmanuel Macron va envoyer des images fortes. Sur Twitter, il a ainsi diffusé comme première image des rencontres syndicales une photo où il est tout sourire avec Jean-Claude Mailly, le numéro un de FO, sur le perron de l'Elysée. Un choix qui n'est pas anodin: c'est un des opposants les moins farouches à la politique d'Emmanuel Macron", insiste Christian Delporte.

Par ailleurs, comme le révèle l'Opinion ce jeudi, le chef de l'Etat doit prononcer un "grand discours social" dans les semaines qui viennent, précisément "pour tenter de rééquilibrer la perception qu'ont les Français de sa politique".

Contacté par L'Express, l'entourage d'Emmanuel Macron se défend de tout rééquilibrage évoquant, une nouvelle fois, une "logique droite/gauche dépassée". "Le cap suivi est celui de la transformation en profondeur dans le sens du progrès pour les salariés et les Français", explique-t-on.

Un discours repris en boucle par un pilier de LREM au Parlement. "Il n'y a pas de déséquilibre mais des promesses de campagne qui seront tenues", assure Aurore Bergé, porte-parole du groupe à l'Assemblée nationale. "Ce n'est pas une tactique de réajustement, abonde le député LREM Florent Boudié, passé un temps par le Parti socialiste. Les Français vont constater que nos exigences sont dans une cohérence et l'équilibre", assure-t-il. Un équilibre qui, justement, demande à être fait.

Des textes encore bien flous

Rééquilibrage ou pas, les mesures sont encore très floues -ouverture de l'assurance-chômage aux démissionnaires et aux indépendants, enveloppe de 15 milliards d'euros sur le quinquennat pour financer la formation professionnelle des jeunes et des demandeurs d'emploi éloignés du marché du travail notamment- et ne devront se préciser que dans les prochaines semaines. Voire prochains mois. Les textes ne devraient arriver sur le bureau du Conseil des ministres qu'au printemps prochain.

Sur les bancs de la gauche à l'Assemblée nationale, le chantier entamé par Emmanuel Macron laisse relativement circonspect. "Je ne sais pas encore si ce sont des mesures de gauche, j'attends le détail des mesures, explique à L'Express le socialiste PS Boris Vallaud. Quant à la façon dont Emmanuel Macron conduit sa politique, ça c'est son problème, pas le mien".