A J-2, l'attentat des Champs-Elysées peut-il avoir un impact sur l'élection?

A deux jours du premier tour, l'attentat de jeudi aux Champs-Élysées va-t-il changer l'issue du scrutin? Les experts contactés par L'Express appellent à la prudence.
L'attentat terroriste de jeudi soir va-t-il se traduire par une percée du FN dans les urnes? MaxPPP/PHOTOPQR/VOIX DU NORD/Delphine Pineau

Dans quelle proportion, et au bénéfice de qui, l'attaque des Champs-Élysées qui a fait un mort et deux blessés jeudi soir aura un impact sur l'élection présidentielle? Va-t-elle se traduire par une percée du FN dans la dernière ligne, qui a fait de la lutte contre le terrorisme un de ses axes forts de campagne, ou de François Fillon, qui revendique lui l'expérience d'un ancien Premier ministre sur ce sujet? Malgré quelques précédents similaires lors de campagnes électorales, les sondeurs, contactés vendredi par L'Express, appellent à ne pas tirer de conclusions trop hâtives si près du scrutin.

Un effet sur la participation?

La menace terroriste, qui pèse sur la France depuis l'attaque du Bataclan et du Stade de France en novembre 2015, a de nouveau fait des victimes ce jeudi. Si l'ampleur de ces attaques, toutes deux dramatiques, n'ont rien à voir, celle sur les Champs-Élysées risque-t-elle de doucher la motivation des électeurs, effrayés à l'idée qu'un nouvel attentat puisse se produire dans leur bureau de vote? "C'est compliqué à déterminer, mais a priori, l'impact ne se jouera pas sur la participation", explique Jérôme Fourquet, directeur départemental de l'Ifop.

Pour parer à la menace, la sécurité dans les bureaux de vote a été renforcée. 50 000 policiers et gendarmes seront mobilisés, en plus des 7 000 militaires déjà déployés dans le cadre de l'opération Sentinelle. Par ailleurs, certaines villes feront appel à des agents privés.

... ou sur le vote "utile" de gauche?

L'attaque de jeudi soir peut-elle galvaniser une partie de l'électorat de gauche qui, face à la surenchère sécuritaire à droite et à l'extrême droite, se déciderait -ou se conforterait- à voter pour Benoit Hamon, pourtant englué dans les sondages? Là encore, les sondeurs appellent à la prudence et expliquent en substance que les événements tragiques permettront surtout et avant tout à Marine Le Pen de consolider sa base électorale.

A J-2, un "boulevard" pour la droite et l'extrême droite?

"Attention aux mots, prévient Jérôme Fourquet. Parler de 'boulevard' est inexact au regard des précédents que nous avons pu analyser. Pour les régionales de décembre 2015, trois semaines après les attentats du 13 novembre, le parti de Marine Le Pen a certes subi une poussé dans les sondages, mais de l'ordre de trois points". Une poussée que le directeur départemental de l'Ifop relativise, d'autant plus que, in fine, l'extrême droite n'a remporté aucune région malgré une arrivée en tête au premier tour dans plusieurs de celles-ci.

Par ailleurs, celui-ci explique que c'est l'un des rares exemples d'attentats, ou de fait-divers, qui a pu jouer sur une élection. "En 2015, les attaques à Charlie Hebdo n'ont pas eu d'influence sur le scrutin des départementales qui se sont déroulées quelques semaines plus tard, assure Jérôme Fourquet. En 2012, les attaques de Mohamed Merah n'ont pas eu non plus un impact significatif sur l'opinion publique en faveur de Nicolas Sarkozy comme on aurait pu l'imaginer, mais le contexte était différent car ce fut perçu à l'époque comme l'acte d'un loup solitaire", assure-t-il. Un avis largement partagé par Adelaïde Zulfikarpasic, directrice adjointe de BVA.

En 2002, l'affaire dite de "papy Voise", du nom de ce sexagénaire violemment agressé trois jours avant le premier tour de la présidentielle avait marqué les esprits. Et avait profité à Jean-Marie Le Pen, dans le cadre d'une campagne très axée sur la sécurité, au détriment de Lionel Jospin. Mais dans une proportion difficile à quantifier.

Auprès de L'Express, la directrice adjointe de BVA invite à la prudence quant à un impact sur le scrutin de dimanche: "Je ne suis pas sûr que ça change la donne: la menace terroriste est intégrée chez les Français depuis plusieurs mois malgré le fait qu'elle a été peu abordée pendant la campagne. Mais effectivement, si ça doit profiter à un candidat, ce sera d'abord à Marine Le Pen puis à François Fillon".