Vers la fin de la journée de huit heures en Allemagne?

Le Conseil allemand des experts économiques estime que travailler huit heures par jour et quarante heures par semaine n'est pas suffisant pour les besoins des entreprises.
Des économistes allemands veulent rendre la loi sur le temps de travail moins rigide. Photo d'illustration: manifestation des salariés du secteur public allemand, février 2017. REUTERS/Wolfgang Rattay

L'Allemagne s'apprête-t-elle à son tour à réformer son marché du travail? Le Conseil des experts économiques, formé de cinq membres surnommés "les sages", suggère dans la dernière mouture de son rapport annuel de supprimer la limitation à huit heures de la journée de travail, de raccourcir le temps de repos entre deux journées, et de faire passer le maximum hebdomadaire de 40 à 48 heures.

"L'idée qu'on commence sa journée de travail en arrivant le matin au bureau et qu'on la termine en le quittant le soir venu est passée de mode", a expliqué au journal Die Welt le président du Conseil Christoph Schmidt. "Une partie des lois destinées à protéger les salariés ne sont plus adaptées à l'environnement numérique", qui permet de travailler n'importe quand et de n'importe où, a-t-il également expliqué.

Des millions d'heures supplémentaires non-payées

Pas question de profiter de ces nouvelles possibilités pour raccourcir la durée du travail. Dans son rapport cité par la Deutsche Welle, le Conseil estime qu'un tel choix serait "inapproprié à cause du manque de travailleurs qualifiés." Malgré l'afflux des migrants en 2016, la démographie allemande est toujours sur une pente déclinante. Est-ce faute de main d'oeuvre? D'après les statistiques officielles, les Allemands ont été payés en 2016 pour 772 millions heures de travail mais en ont accompli 947 millions de plus qui n'ont pas été payées.

Voilà un sujet qui va occuper les trois partis de la coalition "Jamaïque" qui vont gouverner le pays après la victoire d'Angela Merkel aux élections législatives. La CDU de la chancelière - couleur noire - les libéraux du FDP - couleur jaune - et les écologistes - couleur verte - s'opposent. Les deux premiers estiment qu'un assouplissement de la loi doit bénéficier aux employeurs, tandis que les Verts voudraient en faire bénéficier les salariés. Quant au puissant syndicat IG Metall, il s'apprête à demander la semaine de 28 heures.