Pologne: le maire de Gdansk tué à l'arme blanche

Son agression, lors d'un débat public, a provoqué un choc en Pologne, mais les motivations en seraient personnelles.
Le maire de Gdansk, Pawel Adamowicz, lors d'une manifestation antifasciste à Gdansk (nord de la Pologne) le 21 avril 2018. afp.com/Simon Krawczyk

Opéré pendant la nuit durant cinq heures, Pawel Adamowicz n'aura pas survécu à ses blessures. Le maire centre-droit de Gdansk (nord de la Pologne) est mort à 53 ans, victime d'un assassinat en public sur un podium dressé pour une action caritative nationale de collecte de fonds pour l'achat d'équipements hospitaliers.

Agressé peu avant 20 heures devant quelques centaines de personnes, le maire avait perdu une "quantité énorme" de sang, ce qui a provoqué une hypoxie (diminution du taux d'oxygène dans le sang), a-t-il poursuivi. Des centaines de personnes ont répondu ce lundi matin à Gdansk à un appel au don du sang.

Le pays sous le choc

L'agression a provoqué un choc en Pologne, pays qui n'a pratiquement pas connu d'incident violent de ce genre depuis la chute du communisme il y a trente ans, hormis l'assassinat par balle à Lodz en 2010 d'un membre du PiS (Droit et Justice, conservateur) par un homme qui avait invoqué sa "haine" de ce parti alors dans l'opposition.

Certains commentateurs se demandent si l'attaque de Gdansk a été favorisée par la violence du débat politique entre le PiS aujourd'hui au pouvoir et l'opposition centriste.

"Je pense que l'ambiance générale en Pologne peut y être pour quelque chose. On s'insulte, on s'attaque mutuellement. Il y a bien un climat d'agressivité dans l'air", a déclaré à l'AFP Zygmunt, un habitant trentenaire de Gdansk, en quittant le centre de transfusion sanguine.

Des motivations personnelles ?

L'agresseur, un homme de 27 ans sorti de prison il y a quelques semaines après avoir purgé plus de cinq ans de détention pour plusieurs attaques à main armée contre des banques à Gdansk, s'en est pris à un membre du principal parti d'opposition, la Plateforme civique (PO).

Avant d'être interpellé, cet homme a affirmé avoir été jeté en prison, alors qu'il était innocent et "torturé" par la PO, soutien de la candidature de sa victime aux municipales de l'automne dernier. "C'est pourquoi Adamowicz meurt", a-t-il lancé. Mais, d'après les premiers renseignements, les motivations de l'agresseur, identifié comme Stefan W., semblent plus personnelles que politiques.

Muni d'un badge "médias"

Les Polonais s'interrogent aussi sur la sécurité entourant l'événement public, assurée par une société privée. Selon des témoins, l'agresseur était muni d'un badge "médias" qui lui aurait permis de monter sur le podium.

Le président polonais Andrzej Duda, le Premier ministre Mateusz Morawiecki et la quasi-totalité des responsables politiques polonais, au pouvoir et dans l'opposition, ainsi que plusieurs hauts responsables européens dont le président du Conseil européen, le Polonais Donald Tusk, ont exprimé leur solidarité dimanche soir.