Migrants: MSF suspend en partie ses opérations de secours en Méditerranée

En réaction à l'interdiction libyenne d'approcher ses côtes, l'ONG a fait savoir sa décision de suspendre les activités du Prudence, son plus gros navire de secours.
Le Prudence, affrété par Médecins sans frontières (MSF) et lancé au secours des migrants en mer Méditerrannée, le 5 mai 2017 dans le port de Catane en Italie afp.com/Francesco FARACI

Médecins sans frontières (MSF) a annoncé ce samedi la suspension des activités du Prudence, le plus gros des navires de secours aux migrants en Méditerranée, à la suite de l'interdiction lancée par la marine libyenne aux navires étrangers. "Les Etats européens et les autorités libyennes sont en train de mettre en oeuvre conjointement un barrage à la possibilité pour des personnes de chercher la sécurité. C'est une attaque inacceptable à la vie et à la dignité des personnes", a réagi Loris De Filippi, président de MSF Italie, dans un communiqué.

Le Prudence est le plus gros des bateaux de secours d'ONG actifs au large des côtes libyennes: il avait recueilli notamment un record de 1500 personnes fin mai.

"Nous poursuivons notre activité de patrouille"

L'ONG continue cependant d'assurer la logistique et l'assistance sanitaire sur l'Aquarius de SOS Méditerranée, qui se trouve actuellement dans les eaux internationales, a-t-elle précisé samedi. "Pour l'instant, nous poursuivons notre activité de patrouille dans les eaux internationales", avait expliqué vendredi Nicola Stalla, coordinateur des opérations de recherche et sauvetage à bord. L'Aquarius patrouille depuis dix jours à 20 milles nautiques au nord de la Libye -une distance à laquelle on peut distinguer les côtes libyennes depuis le bateau-, en se retirant à 30 milles la nuit.

La marine libyenne a annoncé jeudi la création au large du territoire d'une zone de recherche et de sauvetage, qu'elle interdit sauf autorisation aux navires étrangers, en particulier aux ONG patrouillant pour secourir des migrants.

MSF refuse de signer le code de bonne conduite

Parti le lendemain de cette annonce pour la zone des secours, le Vos Hestia de Save the Children, s'est pour sa part dérouté vers l'île italienne de Lampedusa, mais l'ONG britannique n'a pas donné d'explication dans l'immédiat. En revanche, d'autres ONG, comme l'espagnole Proactiva Open Arms, indiquent se préparer à repartir.

Le groupe d'extrême droite français "Génération identitaire", qui a affrété un navire en Méditerranée, le "C-Star", et croise occasionnellement des bateaux des ONG, a "félicité MSF pour sa décision", dans un communiqué. "Moins idéologue que les autres ONG actives au large de la Libye, MSF s'est donc enfin rendu à l'évidence. Les opérations de sauvetage en Méditerranée n'ont rien d'humanitaire, ses donateurs et les autorités libyennes se sont chargés de le lui rappeler", écrit le groupe.

La semaine dernière, ses militants de diverses nationalités avaient appelé deux navires d'ONG présents au large de la Libye à quitter la zone. "Vous agissez comme un facteur incitatif pour les trafiquants d'êtres humains", avaient-ils dénoncé par radio.

Médecins sans Frontières refuse, contrairement à d'autres ONG, de signer le "code de bonne conduite" défini par le gouvernement italien et introduisant des règles précises pour continuer à participer à des opérations de secours au large de la Libye.