Migrants: des bambins seuls face à des juges américains

Un court-métrage de fiction et des témoignages montrent les auditions judiciaires d'enfants clandestins livrés à eux-mêmes.
Une fillette joue le rôle d'une jeune migrante assistant sans avocat ni parent à l'audience qui doit décider de son avenir sur le territoire américain (capture d'écran). Linda Freedman/Vimeo

Des enfants qui montent sur la table ou se mettent à pleurer en plein tribunal. Un jeune Guatémaltèque qui donne son âge en montrant ses doigts. Un juge mal à l'aise au moment de demander à un Hondurien de 1 an s'il connaît les lois sur l'immigration. Telles sont les scènes rapportées ces dernières semaines par des journalistes et des avocats, lors d'audiences aux États-Unis.

Si la pratique n'est pas nouvelle, la politique de "tolérance zéro" mise en place par l'administration Trump (qui a abouti à la séparation décriée des familles de clandestins après leur interception à la frontière mexicaine) fait que davantage de mineurs apparaissent devant un juge qui décidera de leur expulsion ou de leur maintien sur le territoire américain. En plus de comparaître sans parent, les plus malchanceux n'ont pas d'avocat, car la loi n'oblige pas les autorités à leur en fournir un. Même représentés, les plus jeunes ne sont pas capables de se défendre ni même de comprendre ce qu'il se passe. Selon une association citée par l'agence Associated Press, les jeunes migrants sans avocat sont renvoyés chez eux dans 9 cas sur 10.

"Savez-vous ce qu'est un avocat ?"

Des situations ubuesques mises en images il y a deux mois dans un court-métrage de fiction diffusé par une organisation d'aide juridique. Unaccompanied: Alone in America (Non-accompagnés: Seuls en Amérique) montre des enfants ne parlant pas l'anglais et qui passent devant un juge de l'immigration. Le seul avocat dans la pièce est celui du gouvernement. Tour à tour, le juge demande à des petits enfants s'ils comprennent quel est le sujet de l'audience et s'ils savent ce qu'est un avocat.

Sur le site dédié au court-métrage, sa réalisatrice, Linda Freedman, explique avoir passé des mois à s'entretenir avec des avocats et à assister à des audiences il y a plusieurs années, avant de choisir la fiction pour montrer au public l'absurdité de ces audiences, où les caméras sont bannies.

Les récits parus dans les médias américains ces derniers jours ne sont pas moins surréalistes que ce que montre le film. Dans une salle d'audience de Phoenix, dans l'Arizona, un juge de l'immigration n'a pas caché son malaise vendredi dernier au moment de demander à Johan, 1 an, s'il comprenait les lois relatives au séjour illégal sur le territoire américain. "Cela m'embarrasse de demander ça, car je ne sais pas à qui vous pourriez expliquer ça", a dit le juge à l'avocat du petit Hondurien, rapporte l'agence Associated Press. "Sauf si vous pensez qu'un enfant de 1 an peut apprendre ces lois."

Pas d'âge minimum

Ces situations sont possibles parce qu'à ce jour, il n'y a pas d'âge au-dessous duquel un enfant ne peut être présenté seul à un juge de l'immigration, explique au site américain Snopes la directrice de communication d'une association de défense des droits des enfants migrants. Le plus jeune défendu par celle-ci avait deux ans. En 2014, plusieurs associations, dont la très active American Civil Liberties Union (ACLU), ont poursuivi le gouvernement pour permettre aux enfants migrants d'avoir droit à un avocat commis d'office, sans succès.

En 2017, 58 015 mineurs non-accompagnés ont dû assister à de telles audiences, selon les statistiques de l'université de Syracuse, citées par Snopes. Ils étaient 61 254 en 2016 et 35 113 en 2015.

Aujourd'hui, l'administration Trump est pressée par la justice de réunir les enfants séparés de leurs parents. Une juge avait ordonné au gouvernement de faire le nécessaire pour 102 enfants de moins de cinq ans avant lundi, une date butoir repoussée par un autre juge, faute d'avoir été respectée. Certains retrouveront leurs parents sur le sol américain avant l'étude de leur dossier, d'autres dans leur pays d'origine si leurs parents y sont revenus. Plus de 2300 enfants ont ainsi été séparés.