Le recyclage du plastique au cœur d'un scandale

Ces derniers jours, le plastique recyclé est au cœur d'un grand scandale. En cause : des tonnes de déchets français déversés en Malaisie.
Le recyclage du plastique au cœur d'un scandale
Ces derniers jours, le plastique recyclé est au cœur d'un grand scandale. En cause : des tonnes de déchets français déversés en Malaisie. TIMUR MATAHARI / AFP

Avant de jeter un déchet, c'est la même routine : les déchets dans la poubelle verte, le plastique dans la jaune et le verre dans la verte. Si les couleurs peuvent changer en fonction des communes, la mécanique reste la même. Nous séparons nos déchets car ils ont un destin différent. Certains seront incinérés tandis que d'autres seront recyclés pour servir un nouveau but. Et s'il y en a un auquel nous sommes le plus attentifs, c'est le plastique. Mais vous êtes vous déjà demandés ce que devenaient vos bouteilles de lait, vos pots de yaourt ou encore vos emballages d'emmental râpé ? Ils terminent dans la nature, en Malaisie. "Des tonnes de bouteilles, d'emballages, de bidons de lessive atterrissent dans des dépotoirs illégaux où l'on brûle le plastique en plein air", explique à Franceinfo Agnès Le Rouzic, chargée de campagne Océans et Plastique chez Greenpeace.

Ce grand scandale, il est mis en lumière par Konbini News, ce mercredi 5 juin 2019, lors de la journée "Le plastique non-merci", organisée en partenariat avec France Inter. Comment tant de déchets peuvent-ils avoir un tel destin ? Le recyclage du plastique est externalisé par certaines entreprises et ne se fait pas dans l'Hexagone. En 2018, "700 tonnes de déchets plastiques ménagers" français se sont envolés pour la Malaisie, explique à Konbini News Citeo, l'organisme chargé du recyclage en France. Une partie de ces déchets se retrouve dans des décharges, hors du circuit légal et traditionnel de recyclage.

La Malaisie n'en peut plus

En plus du désastre écologique, causé, cette pratique dérange énormément les Malaisiens. "Je trouve ça très injuste que nous récupérions tous ces déchets illégaux déversés dans notre ville, là où nous vivons. J'espère que les riches pays européens comme la France vont arrêter ce business qui leur font croire que les déchets sont recyclés alors qu'ils sont envoyés dans d'autres pays", s'insurge Lydia Ong, présidente de Sungai Petani.

Quelle solution s'offre à eux ? Refuser l'arrivée du moindre déchet occidental sur le territoire malais. Pire encore, Yeo Bee Yin, Ministre de l'environnement malaisienne, a décidé de prendre des mesures drastiques, mais néanmoins justes, en annonçant rapatrier toutes les poubelles européennes : "Cessez d'expédier vos déchets vers les pays en développement. Tout déchet arrivé en Malaisie sera renvoyé sans aucune pitié", a-t-elle annoncé le 29 mai dernier.

La récidive des déchets occidentaux

Ce n'est pas la première fois qu'un tel précédent se produit. En 2018, la Chine décidait de réduire dramatiquement l'importation de plastique à recycler. C'est donc tout naturellement que l'occident s'est redirigé vers l'Asie du Sud-Est. Même constat pour les Philippines, en mai dernier, qui annonçaient renvoyer des tonnes de déchets reçues depuis plusieurs années à leur expéditeur : le Canada.

Un scandale qui démontre la défaillance du système de recyclage. Interrogé sur la question par Konbini News, le ministre de l'Ecologie français François de Rugy a ainsi déclaré : "En effet, il n'y a pas de doute sur l'origine française, malheureusement. [...] Ce serait chez-nous, on ne l'accepterait pas, donc il n'est pas question de l'accepter dans un pays lointain. [...] Je leur dis stop [aux entreprises de recyclage]. Et je leur dis deux choses : celles qui sont dans l'illégalité, il n'y aura pas de quartier. On va les condamner. Et les autres, même celles qui vérifient qu'à la fin, c'est recyclé, je vais les réunir pour que toutes les entreprises [...] s'engagent à cesser ces exportations".

En espérant que ces mesures, permettent de réellement recycler les plastiques que nous jetons dans la poubelle jaune, et que les malaisiens et malaisiennes puissent vivre en toute tranquillité.