La drôle de guerre de bimbos qui tient en haleine les Balkans

Les deux chanteuses les plus populaires de la région, l'une veuve d'un ex-chef de milice serbe, l'autre, égérie des droits de l'Homme, sont en guerre depuis deux décennies.
Ceca, à gauche, contre Jelena, à droite, la guerre des bimbos serbes. Instagram / craznatovic_official / karleusastar (Montage L'Express)

Et vous, vous êtes pro-Jelena ou pro-Ceca? Dans les Balkans, chacun a pris parti dans le conflit fracassant qui oppose ces deux bimbos serbes. Immensément populaires dans la région, Ceca Raznjatovic et Jelena Karleusa, rivalisent même sur Instagram. Les deux divas siliconées et sulfureuses, chanteuses de variété serbe, prennent volontiers la pose dans des tenues osées. La norme pour les célébrités de ce pays patriarcal qui baigne dans un machisme d'un autre âge, où le hashtag "metoo" a fait pschitt!

Ceca, à gauche, contre Jelena, à droite, la guerre des bimbos serbes. Instagram / craznatovic_official / karleusastar (Montage L'Express)

Mais la ressemblance entre ces bimbos quadragénaires s'arrête là. Elles sont mortellement fâchées et s'invectivent par journaux, réseaux sociaux, groupes de fans et tribunaux interposés. Cette guerre des bimbos, digne d'un feuilleton mélodramatique turc, un genre qui cartonne dans la région, tient le public en haleine depuis des années, à coup de déclarations fracassantes.

Un conflit trivial mais surtout politique

"Jelena a besoin d'une expertise psychiatrique" clame ainsi Ceca à la une d'un tabloïd populaire. Jelena, qui règle son compte à la brune sur Twitter régulièrement, n'est pas en reste. "J'informe le public que Ceca a porté plainte contre moi. En cause, cette citation: "Ceca est bête comme une bite". Une phrase qu'elle répète quatre fois, comme autant d'affronts à sa rivale.

Malgré les apparences, la portée de ce drôle de conflit trivial est avant tout... politique. Ceca Raznjatovic n'est pas la première starlette venue mais la veuve quasi-intouchable d'un ancien chef tout-puissant d'une milice serbe sanglante, Arkan. Le tout-Belgrade accourt encore aujourd'hui aux sauteries organisées dans des hôtels luxueux pour les fêtes ou les anniversaires de leurs deux enfants, âgés d'une vingtaine d'années. Adulée par les ultra-nationalistes de son pays, comment "la reine de la scène musicale serbe" pourrait-elle tolérer Jelena, cette icône de la communauté LGBT à la langue bien pendue, devenue l'égérie des activistes des droits de l'Homme de la région?

Égéries de combats opposés

Si la brune incendiaire se rend régulièrement dans l'entité serbe de Bosnie, Ceca refuse de mettre un pied dans le reste du pays à majorité bosniaque et dans la Croatie voisine. Le plus grand combat, à ce jour, de la diva qui se montre régulièrement dans l'église orthodoxe, c'est la reprise de la natalité, à travers une "fondation humanitaire" soutenant financièrement les parents serbes à partir de leur troisième enfant. Mais Ceca a jeté l'éponge depuis la mort d'Arkan, en 2000.

Pendant ce temps, Jelena Karleusa, portée aux nues par l'intelligentsia de la capitale serbe mais aussi par son public bosnien ou croate, parle d'amour et du droit à la différence. "Aucun dieu ne peut avoir de reproches à faire à des gens qui marchent tranquillement dans la rue avec des drapeaux colorés. [...] J'ai aussi appris à mes enfants à aimer. Par exemple, je leur ai dit, maman écrit avec sa main gauche. Ce n'est pas un problème mais juste une singularité", expliquait la marraine de la Gay Pride de Belgrade à la marche des fiertés de septembre dernier.

Dans le même registre, elle a prôné le vivre ensemble en intégrant l'appel à la prière du muezzin dans un de ses morceaux lors d'un concert à Belgrade. Puis a expliqué son geste sur Twitter. "Je serai toujours 'profondément blessée' [ le titre de la chanson ] par une poignée de gens pas bien qui montrent mon pays sous un mauvais jour. Et je me battrai contre eux. Les jeunes sont l'avenir".

Un rivalité qui remonte à l'ère Milosevic

Côté scène, la blonde a mangé de la vache enragée à ses débuts, dans les années 1990, éclipsée par sa rivale. Les télés, les radios, les journaux de l'ère Milosevic avaient pour consigne de "porter Ceca aux nues". Un animateur télé a même été humilié parce qu'il avait osé, se souvient Jelena, évoquer ses sympathies pour elle devant le couple Raznjatovic, l'un des plus puissants de la Serbie à l'époque. Arkan, qui faisait trembler de terreur le tout-Belgrade, a giflé l'homme en public.

La jeune femme ne pardonnera jamais à Ceca d'être restée silencieuse lors de cet incident. Depuis, les chansons de Jelena ont fini par cartonner dans la région, notamment en 2003, "Samo za tvoje oci" ["Rien que pour tes yeux"] "Un millier de personnes contemple mes seins ce soir. Et je danse. Rien que pour tes yeux". Ces quelques mots répétés en boucle enflamment encore aujourd'hui les boîtes de nuit de la région.

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Après des années de conflit larvé avec Ceca, c'est Jelena qui a tiré la première, publiquement, gagnant au passage le surnom de la "reine des scandales". En 2010, elle brise un tabou national en adressant une lettre à Ceca, dans un post Facebook. La Lady Gaga des Balkans y qualifie de "criminel de la pire espèce" le mari de sa rivale, Zeljko Raznjatovic Arkan.

Recherché pour crimes de guerre, celui-ci a été abattu en 2000, en sortant du même hôtel, l'Intercontinental de Belgrade, qui avait accueilli sa réception de mariage, cinq ans auparavant. "Le mariage du siècle", se gargarise encore aujourd'hui la presse serbe, avec tirs d'armes à feu et serment à la terre des ancêtres dans le village natale de la mariée, le matin des noces.

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Et pendant que le chef de milice partait au front en Croatie, en Bosnie et au Kosovo dans les années 1990, la maîtresse puis l'épouse chantait. "Tu peux me violer. Tu peux me tuer. Peu importe". Ou encore "Si tu étais blessé, je te donnerais du sang. Mes deux yeux, si tu devenais aveugle. Sans âme, tu es beau".

La guerre en ex-Yougoslavie pour toile de fond

Jelena, pendant ce temps, frayait avec de mauvais garçons dont certains finiront mal aussi. Elle rencontrera, plus tard un footballeur, un ancien de Sochaux, Dusko Tosic, qui joue actuellement pour un club turc, le Besiktas. Et aura deux petites filles avec celui qu'elle décrit comme un "péquenot serbe typique" et '"homophobe".

"La reine des scandales" serbe dénonce aussi les liens supposés de Ceca, inquiétée par la justice plusieurs fois, avec le milieu militaro-mafieux serbe. Soupçonnée d'avoir aidé des auteurs de l'attentat de l'ex premier ministre pro-européen Zoran Djindjic abattu en 2003, la veuve d'Arkan avait été à l'époque arrêtée et détenue pendant plusieurs mois avant d'être remise en liberté, faute de preuves. Des stocks d'armes avaient été saisis chez elle.

Jelena ne lâche pas sa proie et s'agace face à ceux qui estiment que la "pauvre Ceca n'a aucun rapport avec ça". "Moi, je ne laisse pas des tueurs rentrer dans ma maison, je ne leur prépare pas de café, je ne les suce pas! Des tueurs, je n'en connais pas!".

Et maintenant, Kim Kardashian...

La blonde ne désigne plus sa rivale que par le sobriquet de "Nanogica", une allusion au bracelet électronique imposée à la veuve fatale en 2011 après qu'elle a plaidé coupable dans une affaire de détournement de fonds concernant son club de foot, Obilic.

La guerre des bimbos serbes est loin d'être terminée. Un énième procès est en cours pour diffamation. Ce qui n'empêche pas Jelena d'ouvrir de nouveaux fronts. La blonde au caractère bien trempé s'en est prise à Kim Kardashian qu'elle accuse de lui piquer ses looks, photos à l'appui. Et n'hésite pas à tacler la bimbo américaine sur Twitter! Jelena Karleusa n'a pas fini de faire parler d'elle! Sa rivale serbe n'a qu'à bien se tenir.