Ils proposent de "Louer un juif" pour faire connaître leur communauté

Le projet allemand "Rent A Jew" propose aux entreprises et aux établissements scolaires des séminaires pour faire découvrir la culture juive et combattre les préjugés.
Pour mieux connaître la communauté juive d'Allemagne, il suffit de "Louer un juif". REUTERS/Thomas Peter

"Connaissez-vous un juif? Non? Louez-en un!" Cette proposition surprenante, lancée aux internautes sur la page d'accueil du site rentajew.org, n'a rien d'une mauvaise blague. L'objectif des créateurs du projet est de rapprocher les Allemands des membres de la communauté juive de leur pays.

50 personnes composent l'équipe de "Rent A Jew", une initiative de l'Europäische Janusz Korczak Akademie, du nom du pédiatre polonais qui avait accompagné au camp d'extermination de Treblinka les enfants dont il s'occupait au ghetto de Varsovie. Les membres partent à la rencontre des Allemands dans les entreprises mais aussi les établissements scolaires, pour créer du lien en faisant découvrir leur culture et en luttant contre les préjugés. Mascha Schmerling en fait partie. Rencontrée par la Deutsche Welle, elle trouve le nom du projet "discutable" mais juge qu'il "provoque pour ouvrir la discussion".

Contrer la haine

Avec son collègue Monty Aviel Zeev Ott, elle est intervenue récemment dans un établissement scolaire technologique à Solingen, au nord de Cologne. Ici, le duo a demandé de but en blanc aux élèves combien d'entre eux avaient déjà "rencontré un juif", raconte le site de la télévision publique allemande. Sur la vingtaine de jeunes présents, la plupart ont répondu non.

Plus tard, les intervenants leur ont demandé ce qu'ils avaient entendu à propos des juifs. "Eduqués", a répondu un élève. "Argent", a répondu un autre, provoquant des rires gênés. Face à ces vieux clichés, Mascha Schmerling répond avec humour. "Malheureusement, ce n'est pas vrai. Si ma famille est riche, c'est que l'on me cache quelque chose."

Raconter sa vie en tant que juif, c'est aussi évoquer l'antisémitisme. Interrogé sur son expérience, Ott a expliqué avoir un jour été encerclé par trois personnes qui ont chanté le mot "Palestine", alors qu'il marchait dans la rue avec sa kippa. "Il y a des petits coins de Berlin où j'évite de la porter", a-t-il ajouté.

En juin dernier, un jeune homme de 21 ans a dit avoir été agressé par trois hommes qui avaient remarqué sa kippa. Les réactions des élèves rencontrés par le duo montrent ce qu'un projet comme "Rent A Jew" peut faire pour contrer cette haine. "J'ai compris que beaucoup de choses que l'on entend sur les juifs sont fausses", a réagi l'un d'eux.