Face aux rumeurs du web, les Tchèques lancent une cellule anti-désinformation

Redoutant une montée du populisme à quelques mois des élections générales de 2017, la République tchèque lancera en début d'année une unité chargée de traquer les fausses nouvelles, rapports bidons et autres théories du complot.
Pour l'exécutif tchèque, des sites internet relaient un discours de propagande visant à saper le régime démocratique mis en place en 1989. Et ils ont des liens directs avec la Russie (Photo d'illustration: un drapeau européen flotte devant l'église Saint Nicolas de Mala Strana à Prague). afp.com/Joe Klamar

La désinformation en ligne menace-t-elle la démocratie en République tchèque? C'est ce que redoute Prague, qui vient d'annoncer la création d'une cellule gouvernementale qui a pour mission de désamorcer les fausses informations relayées sur plusieurs sites web. Des sites qui seraient soutenus par la Russie de Vladimir Poutine.

Dès le 1er janvier, une vingtaine de spécialistes aura pour mission de désamorcer les théories du complot et de démonter des rapports inexacts qui se multiplient sur le web depuis la crise des réfugiés. Installés dans un ancien centre d'interrogatoire de la police secrète du régime communiste pendant la Guerre froide, les membres de ce Centre contre le terrorisme et les menaces hybrides (c'est son nom) seront placés sous l'autorité directe du ministère de l'Intérieur.

La "propagande russe" dans le viseur

Prague lance ce dispositif à quelques mois des élections générales d'octobre 2017, alors que les électeurs devront désigner leurs nouveaux députés. Pour le pouvoir en place, de nombreux mensonges sur les migrants (entre autres) seraient relayés par une quarantaine de sites en langue tchèque. Selon ses représentants, il n'y a pas vraiment de doute: ces sites sont téléguidés par Moscou et instrumentalisent les peurs du terrorisme et de l'islamisme radical.

"L'objectif principal de la propagande russe en République tchèque est de semer le doute dans l'esprit des gens quant au fait que la démocratie est le meilleur système pour organiser un pays", a déclaré Tomás Prouza, secrétaire d'Etat au gouvernement tchèque aux affaires européennes, cité par The Guardian.

Il ajoute que la diffusion de points de vue radicaux et erronés visent à "construire des images négatives de l'Union européenne et de l'Otan", pour mieux "décourager les gens de participer aux processus démocratiques".

Le spectre de l'élection américaine et de ses soupçons...

Dans les faits, comme le rapporte la rédaction britannique, les liens entre ces sites et le Kremlin sont difficiles à prouver. Mais l'exécutif tchèque n'en démord pas: le système démocratique tchèque, mis en place en 1989, est en danger. Et "assurer des élections libres et équitables est un objectif de base", a déclaré un haut fonctionnaire de la future unité, sous couvert d'anonymat.

Très clairement, les soupçons d'intervention de la Russie dans l'élection présidentielle américaine pèsent lourds dans cette inquiétude. "(Les Russes) vont sans aucun doute essayer d'influencer les prochaines élections en tentant de décourager les gens qui voteront probablement pour les partis démocratiques", a en outre déclaré Tomás Prouza.

D'ores et déjà accusé d'être un instrument de censure, d'espionnage et de répression de la liberté d'expression par une partie du public, ce centre "anti-fausses nouvelles" sera notamment accessible sur le site internet du ministère de l'Intérieur... et grâce à un compte Twitter.