Condamnée à mort pour blasphème, Asia Bibi acquittée

Cette chrétienne avait bu l'eau d'un puits réservé aux musulmans. Elle a été acquittée en appel par la Cour suprême.
Une photo d'Asia Bibi est exposée sur le Parvis des droits de l'Homme à Paris lors d'un rassemblement pour sa libération, le 29 octobre 2014 afp.com/Martin Bureau

Son cas avait suscité l'indignation à l'étranger et des violences dans le pays. La Cour suprême du Pakistan a acquitté en appel la chrétienne Asia Bibi, condamnée à mort pour blasphème en 2010. "Elle a été acquittée de toutes les accusations", a déclaré le juge Saqib Nisar lors de l'énoncé du verdict à la Cour suprême, ajoutant qu'Asia Bib allait être libérée "immédiatement".

Condamnée à mort

Asia Bibi, mère de cinq enfants, avait été condamnée à la peine capitale après avoir bu l'eau d'un puits supposé réservé aux musulmans. Ce verdict pourrait susciter la fureur des milieux religieux fondamentalistes qui appelaient de longue date à l'exécution d'Asia Bibi. Des islamistes radicaux avaient ces dernières semaines menacé les juges statuant sur son cas en cas de jugement favorable.

Cette affaire avait eu un retentissement international, attirant l'attention des papes Benoît XVI et François. En 2015, l'une de ses filles avait rencontré ce dernier. Asia Bibi avait également reçu le soutien de la maire de Paris Anne Hidalgo, qui avait réclamé sa grâce et l'avait élevée en 2015 au rang de citoyenne d'honneur de sa ville.

Le blasphème, un sujet sensible au Pakistan

Au Pakistan même, l'histoire de cette chrétienne d'origine modeste divise fortement l'opinion. Le blasphème est un sujet extrêmement sensible dans ce pays très conservateur où l'islam est religion d'Etat. La loi prévoit jusqu'à la peine de mort pour les personnes reconnues coupables d'offense à l'islam. Un ancien gouverneur du Pendjab, Salman Taseer, qui avait pris sa défense, avait été abattu en plein coeur d'Islamabad en 2011 par son propre garde du corps. L'assassin, Mumtaz Qadri, a été pendu début 2016.

Les défenseurs des droits de l'Homme voient en Asia Bibi un emblème des dérives de la loi réprimant le blasphème au Pakistan, souvent instrumentalisée, selon ses détracteurs, pour régler des conflits personnels. Lors de l'examen de son recours début octobre, les juges de la Cour suprême avaient semblé s'interroger sur le bien-fondé de l'accusation.

"Je ne vois aucune remarque désobligeante envers le Coran dans le rapport d'enquête", avait observé le juge Saqib Nisar, tandis qu'un second juge, Asif Saeed Khan Khosa, relevait plusieurs points de non-respect des procédures. Des islamistes radicaux avaient menacé publiquement les trois magistrats s'ils prononçaient l'acquittement.

"Asia ne peut pas rester"

"Les musulmans pakistanais prendront les mesures adéquates face aux juges (...) et les conduiront à une fin horrible", avaient fait savoir des responsables du Tehreek-e-Labaik Pakistan (TLP), un groupe religieux extrémiste devenu parti politique, qui fait de la punition du blasphème sa raison d'être. "Les adorateurs du Prophète ne reculeront face à aucun sacrifice", avaient-ils lancé.

En cas de libération, "Asia ne peut pas rester (au Pakistan) avec la loi" sur le blasphème, avait estimé son mari Ashiq Masih, accueilli à Londres par l'ONG catholique Aide à l'Église en détresse (AED) et interrogé le 13 octobre. "Pour nous, la vie au Pakistan est très difficile, nous ne sortons pas de chez nous, nous sommes très prudents", avait souligné sa fille Esham.