Xavier Bertrand: "Il y a des débouchés pour Ascoval"

Le tribunal a donné un peu de sursis à l'aciérie nordiste. Le président de région Xavier Bertrand fait tout pour la sauver.
Des personnels et syndicalistes de l'aciérie Ascoval brûlent des pneus lors d'une manifestation devant l'usine de Saint-Saulve, le 24 octobre 2018. afp.com/FRANCOIS LO PRESTI

Le calvaire continue pour les 281 salariés de l'aciérie Ascoval de Saint-Saulve, dans le Nord, en redressement judiciaire depuis novembre 2017, après la faillite de son actionnaire principal Ascometal. Ce mercredi, le tribunal de grande instance de Strasbourg s'est donné deux semaines supplémentaires avant de statuer sur l'unique offre de reprise émanant d'Altifort, un groupe franco-belge basé dans la Somme.

Problème : si elle est soutenue par les syndicats et les élus de la région, elle ne convient pas à Vallourec, propriétaire historique de l'entreprise depuis 1975, qui en possède toujours 40%. En échange du rachat de toutes les parts, Altifort lui demande en effet d'investir dans le matériel et de lui acheter de l'acier jusqu'à début 2020. Au total, la facture s'élève à 51 millions d'euros, a calculé Vallourec. Celle-ci estime qu'un tel coup de pouce la mettrait en danger, alors qu'elle est fragilisée par des commandes en baisse depuis plusieurs années. L'ex-maison-mère pointe également du doigt le fait que les 140 millions d'euros d'investissements promis par Altifort se résument à 10 millions d'euros de fonds propres, le reste devant provenir en grande partie de prêts bancaires.

Le rôle de l'Etat est ambigu. En tant qu'actionnaire de Vallourec à 16,2%, il soutient son refus de payer pour sauver Ascoval. Mais le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a promis cette semaine "un euro d'argent public pour un euro investi" par les banques. Problème : ces dernières ne veulent pas mettre un sou sur la table si Vallourec ne se décide pas à apporter sa contribution. Le point avec Xavier Bertrand, président Les Républicains des Hauts-de-France, qui accuse le gouvernement de vouloir "assassiner" l'aciérie.

L'Express : Que change l'offre avancée par Bruno Le Maire cette semaine?

Xavier Bertrand : Elle ne change rien. Il ne faut pas se raconter d'histoires. Ce n'est pas d'argent public que l'aciérie de Saint-Saulve a besoin. Il suffirait que l'État, actionnaire de Vallourec par l'intermédiaire de Bpifrance, se décide enfin à la sauver. L'engagement à rester client pendant 18 mois, à un prix légèrement supérieur à celui du marché, donnerait le temps de construire un train à fil, cette machine qui permet de fabriquer des fils d'acier à partir des barres de ferraille recyclées. Quand cet investissement aura été réalisé, Ascoval pourra mener une vie indépendante. Plus besoin de Vallourec.

Vallourec chiffre les véritables besoins financiers à 250 millions d'euros, bien loin des 140 millions prévus par Altifort et surtout des 10 millions de fonds propres dont dispose le repreneur potentiel ...

Et pourquoi les croirait-on ? Pourquoi pas un milliard tant qu'on y est ? Altifort complète son offre en fonds propres par 25 millions d'obligations, et les investisseurs privés sont au rendez-vous pour compléter l'enveloppe. Le projet tient la route, et ce n'est pas moi qui le dis, c'est le cabinet d'analyse indépendant Secafi. Il faut arrêter de prendre le repreneur pour un guignol. Il était bien assez sérieux il y a quelques mois, quand Vallourec lui a vendu ses usines de Cosne-sur-Loire et de Tarbes. D'ailleurs celles-ci perdaient de l'argent, et elles sont bien parties pour en regagner.

Si Ascoval peut repartir, pourquoi Vallourec n'y croit plus?

Moi, je ne comprends pas pourquoi ils sont prêts à faire un gros chèque pour payer un plan social, mais pas à investir pour assurer la pérennité de l'usine. Il faudrait connaître la vérité sur la situation de l'entreprise. Là encore, c'est une responsabilité de l'État. Ce dont je suis sûr, c'est qu'il y a des débouchés pour les aciers spéciaux qui sont produits à Saint-Saulve. Ils sont notamment destinés à l'industrie automobile, et il y aura toujours des voitures, qu'elles aient un moteur électrique ou thermique. Quant à la compétitivité de l'usine, qui est quelquefois mise en doute, elle a bien progressé depuis quelques années.

Vous accusez le gouvernement de ne pas avoir de politique industrielle, et plusieurs usines de différents groupes sont actuellement en difficulté en France. Que faudrait-il faire?

D'abord, au minimum, avoir un ministère de l'Industrie, ce qui permettrait peut-être de ne pas se laisser dépouiller ! Pourquoi les Allemands, qui ont repris la plupart des actifs de l'ancien propriétaire d'Ascoval en France, croient-ils en l'avenir des aciéries plus que nous ? En attendant, ils nous prennent nos process et nos clients. Ensuite, nous pourrions baisser les taxes sur la production, ou encore imposer des tarifs d'électricité plus favorables pour les usines. On ne peut pas miser que sur les start-up.