Quels placements sans risque choisir?

C'est le moment de faire un grand ménage pour réveiller l'argent qui dort.
En 2019, les épargnants doivent redoubler d'agilité pour mieux gérer leurs investissements sans risque. Fauvesque/ Marie Bastille

Qu'il est loin le temps où gérer ses disponibilités était simple et rentable ! Au début des années 2000, le Livret A rapportait 3%. Il y a encore dix ans, avec la crise de confiance entre les banques, le taux du Livret A était remonté à 4% d'août 2008 à janvier 2009. Il fut même un temps, au début des années 1990, où l'on pouvait placer son argent en le gardant disponible à court terme, avec de meilleurs rendements qu'en le bloquant dans d'autres placements sans risque à plus long terme comme l'assurance-vie où les emprunts d'Etat !

Aujourd'hui, c'est l'inverse. Investir ses disponibilités à court terme ne préserve plus leur pouvoir d'achat. Sous la pression de la BCE, le taux interbancaire est négatif depuis juin 2014. Les banques sont subventionnées par la BCE pour accorder des crédits, et pénalisées si elles gardent trop de dépôts. Elles ont répercuté ces pénalités sur leurs clients, en généralisant les frais de tenue de compte dans les réseaux bancaires.

Rationaliser ses comptes courants

Face à cette hostilité à l'encontre des placements sûrs et disponibles, les épargnants doivent redoubler d'agilité pour mieux gérer leurs investissements sans risque. Distinguer les placements de trésorerie et les placements sans risque est un bon début. Il est impensable de prendre un risque de perte ou d'indisponibilité avec l'argent qu'on garde pour les dépenses du quotidien, ou bien en cas de coups durs et d'imprévus. Cette réserve de sécurité, souvent évaluée à quelques mois de revenus selon les situations plus ou moins prévisibles de chacun, doit être investie en placements sans risque et disponibles à court terme, comme le Livret A.

Mais tous les placements sans risque n'ont pas besoin d'être disponibles du jour au lendemain. Il est donc important de faire le tri entre ces horizons d'investissement, et le ménage dans ses placements qui dorment.

Faire l'inventaire de l'argent qui dort et fermer ses comptes quasiment inactifs superflus permet déjà d'obtenir une vision centralisée de ses disponibilités. Et surtout de colmater les fuites par lesquelles ces économies diminuent au goutte à goutte, à chaque soustraction de frais de tenue de compte. Économiser les 24 € de frais annuels d'un compte inutile équivaut aux 24 € qu'on gagnerait en plaçant 3 200 € sur un Livret A. Attention, beaucoup de banques acceptent mal qu'on les quitte parce qu'elles augmentent leurs tarifs. Il faut leur adresser ses instructions précises de fermeture de compte, avec sa signature et en recommandé, pour disposer d'une base de réclamation en face de leur inertie.

Distinguer "court terme" et "sans risque"

Les investisseurs institutionnels - caisses de retraite ou compagnies d'assurance - ont l'obligation de faire fructifier leur argent pour financer leurs engagements futurs et cette discipline les sauve. Ils ne peuvent pas se permettre, comme nous, de laisser l'argent dormir en dépôts bancaires ou en placements de court terme perdant trop de pouvoir d'achat.

On peut s'inspirer de cette discipline d'investissement pour optimiser ses placements sans risque. Après avoir fermé ses comptes superflus, on évalue le montant qu'il est raisonnable de garder vraiment disponible. Pour beaucoup de gens, cela ne dépasse pas le plafond du livret A (22 950 €) et du LDDS (12 000 €). Les contribuables modestes ont aussi intérêt à ouvrir un livret d'épargne populaire (LEP). Seuls 13% des Français en possèdent alors que 40% y seraient éligibles. Son rendement 1,25% net par an dépasse celui de l'assurance-vie en euros, même s'il est plafonné à 7 700 euros de versements.

Au-delà, mieux vaut éviter les comptes sur livret des banques, tombés pour la plupart à 0,1% avant impôts. Même s'ils ne font pas rêver, les comptes à terme des constructeurs automobiles sont mieux rémunérés. Renault propose un compte Pepito sur trois ans avec un taux progressif de 0,8% (annualisé) le premier trimestre, jusqu'à 2,75% les trois derniers mois, soit un taux moyen de 1,5% sur trois ans, avant impôts.

Prendre date avec de meilleurs contrats

Mais les fonds en euros de l'assurance-vie demeurent en effet la meilleure réponse aux besoins d'épargne sans risque des Français, à condition de privilégier les meilleurs contrats. Ce n'est pas un placement à court terme, et attendre huit ans pour retirer des gains avec une fiscalité allégée peut sembler long. Mais on compte ces huit ans à partir de l'ouverture du contrat, d'où l'importance d'en avoir ouvert il y a quelques années pour "prendre date", comme disent les conseillers. Dès lors que leurs contrats ont plus de huit ans, les souscripteurs peuvent y placer des sommes pour quelques mois ou quelques années, en retirant les gains sans pénalités fiscales, dès qu'ils en ont besoin. Certains contrats réactifs sur Internet promettent de récupérer l'argent d'un retrait en moins de trois jours. Ailleurs, cela peut prendre jusqu'à quelques semaines.

Si l'on a un contrat d'assurance-vie médiocre ou mauvais, ouvert il y a des années dans une banque ou chez un assureur qui en néglige le rendement parce qu'il n'est plus mis en avant, il faut absolument ouvrir un autre contrat plus moderne et rentable, même avec un petit montant, qu'on alimentera au fil du temps comme par un système de vases communicants. Vider son mauvais vieux contrat pour replacer l'argent sur un nouveau contrat pourrait être pénalisant, si la part des gains retirés dépassait 4 600 € dans l'année, ou 9 200 € pour un couple. Au-delà de ce seuil, les gains subissent 7,5% de taxe supplémentaire, voire jusqu'à 12,8% pour les contrats ouverts depuis le 27 septembre 2017 par des souscripteurs ayant plus de 150 000 € d'assurance-vie.

En revanche, il est très facile de décider qu'à partir de maintenant, les excédents à placer en sécurité iront dans les fonds en euros de nouveaux contrats mieux rémunérés. Les meilleurs ont encore rapporté entre 2 et 3% en 2017. Tandis qu'en cas de besoin, on retirera de l'argent des vielles assurance-vie les moins rentables. Beaucoup de vieux contrats bancaires ont rapporté à peine plus de 1% l'an dernier, certains voyant leur rendement chuter à 0,75% avant prélèvements sociaux, soit nettement moins que le Livre A.

. L'Express