Prime Macron: les fonctionnaires mettent la pression

Les syndicats veulent que l'Etat fasse ce qu'il préconise dans les entreprises privées et verse une prime aux fonctionnaires.
Lors de son allocution du 10 décembre, Emmanuel Macron a invité toutes les "entreprises privées" qui le peuvent à verser une prime exceptionnelle à leurs salairés, excluant de fait les 5 millions de fonctionnaires. afp.com/BENOIT TESSIER

Les fonctionnaires ne veulent pas être les oubliés des mesures Macron. La CFDT a ainsi réclamé ce mercredi, dans le sillage d'autres syndicats, que les fonctionnaires et agents publics soient aussi concernés par la prime exceptionnelle exemptée de cotisations et d'impôt. Lors de son allocution du 10 décembre, Emmanuel Macron a invité toutes les "entreprises privées" qui le peuvent à verser cette prime, excluant de fait les 5 millions de fonctionnaires.

"Cette prime exceptionnelle, défiscalisée et désocialisée, qu'on m'explique pourquoi un fonctionnaire payé à 1200 ou 1300 euros n'aurait pas le droit d'en bénéficier", a lancé le secrétaire général de la CFDT (2e syndicat dans la fonction publique), Laurent Berger, sur Radio Classique.

"L'Etat ne peut pas, en tant qu'employeur, ne pas faire les choses qu'il préconise dans les entreprises du privé, (...) c'est pas possible", a insisté Laurent Berger, qui réclame "une augmentation du pouvoir d'achat des fonctionnaires, notamment des catégories B et C".

Le versement d'une prime exceptionnelle aux fonctionnaires a déjà été demandé par l'Unsa et la FSU, respectivement 4e et 5e syndicats dans la fonction publique. "Il y a un sentiment d'injustice", a estimé lundi à ce propos Bernadette Groison, la numéro un de la FSU.

Le point d'indice toujours gelé

Car pour l'heure, nombre de fonctionnaires ont le sentiment d'être les laissés pour compte. Outre l'absence d'annonces à leur endroit, le gouvernement a reconduit le gel du point d'indice des fonctionnaires en 2019, limitant de fait leurs possibles augmentations de salaire. Salaire qui, contrairement à celui des salariés du privé, n'a pas augmenté en 2018 avec la baisse des cotisations sociales, qui ont seulement compensé la hausse de la CSG dans le cas des agents du secteur public.

La CGT et FO, respectivement 1er et 3e syndicats de la fonction publique, appellent aussi de longue date à une amélioration du pouvoir d'achat pour les fonctionnaires, via l'augmentation de la valeur du point d'indice.

Trop cher pour les finances publiques

Cinq organisations de la fonction publique - CGT, FSU, Solidaires, FA-FPet CFE-CGC - ont adressé ce mercredi au ministre des Comptes publics Gérald Darmanin et à son secrétaire d'Etat Olivier Dussopt un courrier soulignant "l'urgence sociale" à "revaloriser les salaires de tous les agents". Ils seront reçus vendredi à Bercy dans le cadre d'une "réunion d'information relative à la mise en oeuvre des mesures" annoncées par Emmanuel Macron, a confirmé l'entourage d'Olivier Dussopt.

Mais ce dernier a déjà expliqué au Journal du Dimanche que les fonctionnaires ne pourraient pas bénéficier de la prime exceptionnelle annoncée par le chef de l'Etat. D'abord parce que tous les fonctionnaires ne sont pas agents d'Etat, et que l'Etat ne peut exiger des collectivités territoriales ou des hôpitaux qu'ils versent cette prime à leurs agents.

Deuxième raison, et non des moindres, les seuls agents de l'Etat sont plus de 2 millions, et leur octroyer la prime exceptionnelle reviendrait à débourser plus de 2 milliards d'euros. "Ce qui est conséquent", a sobrement tranché Olivier Dussopt dans le JDD.