Nissan veut désigner un successeur à Carlos Ghosn

Le PDG de l'alliance Renault-Nissan, qui est accusé de fraude fiscale, a été démis de ses fonctions par le constructeur japonais.
Carlos Ghosn, le président révoqué de Nissan Motors, lors d'une conférence de presse le 12 mai 2011 à Yokohama au Japon afp.com/KAZUHIRO NOGI

Le groupe automobile japonais Nissan réunit ce lundi son conseil d'administration pour, officiellement, nommer un remplaçant à son président déchu Carlos Ghosn, mais la tâche s'annonce difficile alors que son principal actionnaire, Renault, accentue la pression.

Un mois après l'arrestation pour dissimulation de revenus de l'homme fort de l'alliance, depuis mis en examen et toujours en détention, la situation entre les deux alliés s'envenime, loin de l'unité de façade affichée.

Renault préfère une AG

Nissan, également inculpé dans cette affaire en tant que personne morale, a reçu une lettre de son partenaire français réclamant la convocation au plus vite d'une assemblée générale d'actionnaires, selon une source proche du dossier, confirmant des informations du Wall Street Journal (WSJ).

Le directeur général de Renault, Thierry Bolloré, juge que cette "inculpation crée des risques importants pour Renault, en tant que plus important actionnaire de Nissan, et pour la stabilité de notre alliance industrielle". Une AG permettrait de "discuter de la gouvernance et d'autres sujets, comme des personnes nommées par Renault au conseil d'administration de Nissan et dans ses hauts rangs", selon ce courrier.

Renault, qui a sauvé naguère Nissan de la faillite, détient 43,4% du constructeur japonais, qui possède de son côté 15% de son partenaire français mais sans droits de vote.

Successeur parmi les administrateurs restants

Au fil des ans, les rancoeurs se sont accumulées au sein du constructeur japonais face à ce déséquilibre. Mais, si certains de ses responsables avaient pu espérer profiter de l'éviction de Carlos Ghosn pour revoir les termes de l'alliance, Nissan et son patron exécutif, Hiroto Saikawa, apparaissent aujourd'hui fragilisés, d'autant que le groupe est aussi secoué par un scandale lié à l'inspection de véhicules.

Pour ce qui est de la nomination d'un remplaçant à Carlos Ghosn, Nissan veut le choisir parmi les administrateurs restants après la révocation de leurs fonctions de Carlos Ghosn et de son bras droit, Greg Kelly, également interpellé le 19 novembre.

Le nom de Hiroto Saikawa avait initialement fuité dans les médias nippons, mais tous rapportent maintenant que la décision sera reportée alors que le conclave de trois personnes chargé de proposer un nom, dans lequel figure un ancien responsable de Renault, n'a pas réussi à s'entendre.

Renault ne restera pas les bras croisés

"Cela ralentit les choses mais ce n'est pas la fin du monde. Mieux vaut ne pas se précipiter", souligne une personne au fait des discussions. Chez Renault, qui a, par contraste avec son allié, décidé de maintenir Carlos Ghosn comme PDG après n'avoir constaté aucune anomalie sur sa rémunération française, on explique "ne pas pouvoir interférer dans le conseil d'administration de Nissan". Sur les neuf membres, "Renault a le droit d'en désigner jusqu'à quatre", et pas plus.

Le puissant patron d'industrie est poursuivi pour avoir omis de déclarer aux autorités boursières japonaises environ 5 milliards de yens (38 millions d'euros) de revenus durant cinq années, de 2010 à 2015. Il est en outre soupçonné d'avoir fait de même entre 2015 et 2018 pour un montant de 4 milliards de yens (31,1 millions d'euros). Nissan l'accuse de surcroît d'abus de biens sociaux, lui reprochant en particulier l'utilisation aux frais du groupe d'appartements de luxe aux quatre coins du monde.