Fin des chaudières au fioul: un objectif compliqué

Edouard Philippe a annoncé une prime pour aider les 10 millions de Français qui se chauffent au fioul à changer de chaudière.
Edouard Philippe a annoncé ce mercredi sur RTL la "fin du chauffage au fioul individuel en France" d'ici 10 ans (Image d'illustration) istock.com/Bet_Noire

C'est une nouveauté. Au-delà des aides en faveur des automobilistes, excédés par la hausse du prix - et des taxes - des carburants, le Premier ministre Edouard Philippe a annoncé ce mercredi sur RTL la "fin du chauffage au fioul individuel en France" d'ici 10 ans.

Pour atteindre cet objectif, le gouvernement prévoit la mise en place d'une prime à la conversion, non pas pour acheter un véhicule plus propre, mais pour changer de chaudière.

La cible du gouvernement : les quelque 4 millions de logements, soit 10 millions de Français, équipés d'une chaudière au fioul. Le gouvernement, qui n'a pas précisé le périmètre de cette aide, promet de prendre en charge "un tiers du coût global de transformation" pour ceux qui y seront éligibles.

Ce mode de chauffage est le troisième utilisé en France, derrière l'électricité et le gaz. Moins cher que ses deux concurrents malgré un coût croissant en raison de l'augmentation du prix du pétrole, il est aussi plus polluant. Pour le gouvernement, le supprimer répond à la double ambition de diminuer les émissions de gaz à effet de serre, et de réduire la dépendance au pétrole.

"C'est beaucoup plus cher"

Mais Edouard Philippe le reconnaît, l'objectif est "ambitieux". Et est loin d'être évident. Car l'essentiel des foyers qui se chauffent au fioul sont situés dans des zones rurales, non desservies par le réseau de gaz. "L'alternative pour ces consommateurs, c'est donc le chauffage à bois, ou la pompe à chaleur, mais c'est beaucoup plus cher!", estime auprès de l'Express Frédéric Plan, délégué général de la Fédération française des combustibles, carburants & chauffages (FF3C).

En 2017, le Président de l'UECF-FFB, syndicat fédérant 6300 entreprises du génie climatique, Gérald Gallier avait expliqué à Génie climatique magazinequ'il était "illusoire de penser qu'il sera[it] possible de basculer une grande partie des chaudières fioul vers une autre énergie", notamment en raison du "niveau d'investissement très supérieur à celui d'une chaudière fioul à condensation [qui consomme moins de fioul qu'une chaudière classique]".

Pour changer d'équipement, Gérald Gallier calculait alors que "les investissements initiaux pour le ménage [allaient] de 5 000 à 20 000 euros", soit un coût particulièrement important pour les ménages, souvent modestes, qui se chauffent au fioul.

"Le fioul domestique, c'est 8 Fessenheim"

Du coté de la la FF3C, l'annonce du Premier ministre étonne. D'autant qu'une proposition pour remplacer le fioul 100% fossile par un biocarburant, plus propre et non importé, a récemment été avancée par les professionnels pour continuer à faire fonctionner ces chaudières sans contrevenir aux objectifs écologiques du gouvernement.

"Jusqu'alors, il était question de l'arrêt de la commercialisation des chaudières au fioul en 2028, non pas de leur usage total", assure Frédéric Plan, qui attend des précisions de la part de l'exécutif.

Selon lui, la réelle alternative au fioul dans les zones concernées est l'électricité. Or, selon les calculs de la FF3C, le fioul domestique représente l'équivalent de la production d'électricité de "8 [centrales nucléaires] Fessenheim". Autrement dit, la conversion souhaitée par le gouvernement - même si elle ne se traduirait vraisemblablement pas par un report unique sur l'électricité - ne pourrait se faire sans renforcer la production nucléaire.