Florange: les hauts-fourneaux, c'est définitivement terminé

ArcelorMittal va pourtant encore investir des millions d'euros sur le site, mais pas pour la production d'acier.
Salariés de l'usine ArcelorMittal Florange, usine de laminage à chaud ou train à chaud. Florange. 27 mars 2018. Pascal Bastien / Divergence pour L'Express

Le numéro un mondial de la sidérurgie ArcelorMittal a annoncé lundi la fermeture définitive des emblématiques hauts-fourneaux de l'usine de Florange (Moselle), tout en promettant de continuer à développer la production sur ce site qui fut en 2012 sous la présidence Hollande au centre d'un bras de fer politique et syndical.

"A l'issue d'une étude approfondie du marché et des technologies disponibles (...) ArcelorMittal confirme de ne pas vouloir relancer la production d'acier liquide sur le site" de Florange, a indiqué le groupe dans un communiqué. ArcelorMittal va en revanche investir 22 millions d'euros dans l'usine, où travaillent encore 2 300 personnes. Les hauts fourneaux employaient plus de 600 personnes au moment de leur arrêt temporaire il y a six ans.

Pas d'aciérie électrique

A l'appui de sa décision de ne pas relancer la production d'acier à Florange, le groupe avance des arguments économiques, assurant que toutes les hypothèses étudiées - redémarrage d'un haut-fourneau ou des deux hauts-fourneaux ou construction d'une aciérie électrique - ne seraient pas compétitives.

"Dans les scénarios qu'on a analysés, tous génèrent un surcoût de production de 15% (pour une aciérie électrique, ndlr) à 20%", a déclaré Eric Niedziela, vice-président d'ArcelorMittal et directeur général d'ArcelorMittal Atlantique et Lorraine.

La décision a été communiquée lundi après-midi aux syndicats lors d'un comité central d'entreprise (CCE) extraordinaire. "C'est un énorme gâchis", a protesté Lionel Burriello, délégué CGT du site. Ce "haut fourniste de métier" a fait part de "beaucoup d'amertume", avant d'ajouter: "il y avait l'opportunité à saisir pour ArcelorMittal d'une aciérie électrique, pour produire de l'acier propre et créer des emplois".

Polémique en 2012

Le maire LR de Florange, Rémy Dick, a estimé que la décision était "attendue" et "semblait évidente aux vues des contraintes techniques et environnementales ainsi qu'au coût élevé qu'aurait engendré ce redémarrage".

ArcelorMittal avait annoncé en 2012 sa décision d'arrêter les deux hauts-fourneaux produisant de l'acier brut à Florange, suscitant un tollé syndical et politique. Fin novembre 2012, un compromis avait été conclu par le Premier ministre Jean-Marc Ayrault au terme de plusieurs semaines de bras de fer entre ArcelorMittal et le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg, partisan d'une nationalisation temporaire de Florange pour le revendre à un repreneur.

Le compromis instaurait une période d'observation de six ans durant laquelle les hauts-fourneaux étaient "mis sous cocon", dans l'attente d'une décision sur une possible relance. Le groupe s'engageait à ne procéder à aucun licenciement et à investir 180 millions d'euros sur cinq ans.

22 millions d'euros à investir sur le site

ArcelorMittal assure avoir rempli ses engagements. Les 629 personnes concernées par les suppressions de postes ont été reclassées ou sont parties en retraite et plus de 300 millions d'euros ont été investis à ce jour. Le site de Florange a embauché plus de 300 personnes, selon Eric Niedziela qui a souligné que "la Lorraine est un axe stratégique et cette usine est une usine stratégique".

Le nouvel investissement de 22 millions ira à l'agrandissement d'une ligne de galvanisation, après 67 millions l'année dernière, pour porter la capacité de production de 600 000 tonnes à 800 000 tonnes de produits d'acier par an.

Démantèlement des hauts fourneaux

L'usine de Florange fabrique des produits plats pour les secteurs de l'automobile, de l'emballage et pour l'industrie. Plus de 70% est exporté. L'automobile est un débouché clé, avec les aciers à haute valeur ajoutée des gammes Usibor et Ductibor.

ArcelorMittal veut maintenant "s'engager le plus rapidement possible" dans le démantèlement des hauts-fourneaux pour "mettre à disposition" les terrains pour d'autres industries. Le coût en est estimé à 200 millions d'euros et le calendrier de l'ordre de 3 à 4 ans, a précisé Eric Niedziela.